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Nunavik. En terre inuit


Sans titre, sculpture en stéatite, Pootoogook, 1971. Coll. Musées de la civilisation à Québec

L'exposition

Le Musée dauphinois est parti au nord du Québec, sur les terres glacées de l'Arctique, pour rencontrer la communauté inuit. Autrefois nomades, installés aujourd'hui au Nunavik, les Inuit sont confrontés à des enjeux qui engagent leur proche avenir et leur survie. Ce combat passe par la reconnaissance de leur identité, qu'ils affirment notamment par une étonnante et foisonnante expression artistique. Les Musées de la civilisation à Québec, l'institut culturel Avataq et le Musée des Confluences de Lyon ont accepté de faire voyager leurs collections jusqu'au Musée dauphinois afin d'y présenter les estampes, statuettes, objets du quotidien créés par l'imaginaire fécond des artistes inuit.

Par décision du Conseil circumpolaire inuit créé en 1977, les communautés installées sur les côtes arctiques, depuis l'extrémité orientale de la Sibérie jusqu'à la côte orientale du Groenland, s'appellent désormais les Inuit («êtres humains » en inuktitut). Le mot Inuit est un terme invariable, le pluriel d'Inuk. Ils étaient auparavant désignés par le terme amérindien « Esquimaux » ou « Eskimo » qui signifie « ceux qui mangent cru » ou « ceux qui ne parlent pas la même langue ».

 


UN PEUPLE NOMADE DE L'ARCTIQUE

Lointains ancêtres des Inuit, les Paléoesquimaux sont venus du continent asiatique vers le Nouveau-Monde. Ils auraient franchi le détroit de Béring il y a environ 8 000 ans, lorsque les deux continents étaient encore reliés. Leur migration dans l'est du Canada remonte à 4 000 ans, au début d'une période de refroidissement.
À partir du XIe siècle, des chasseurs de baleines partis du nord de l'Alaska parviennent en nombre au Groenland en moins de deux siècles. Leur arrivée explique la relative unité de la langue inuit en Alaska, au Canada et au Groenland. Ces chasseurs, nommés « Thuléens » par les historiens, remplacent les Paléosquimaux et sont les ancêtres des Inuit actuels.L'écriture est absente de cette culture mais les traditions orales et la chasse forment le socle de leur identité.

Une maison de neige pour se protéger du froid
L'hiver, les Inuit se protègent dans des maisons de neige (seul matériau à disposition!) appelées iglu, dont la température intérieure peut descendre à - 10°C.  Chacun est maître de la conception de son habitation, qui répond aux besoins présents. Composé de blocs de neige empilés en spirale et doté d'une galerie d'accès, l'igloo se façonne en moins de deux heures !
Voyager sur la mer et les rivières
Les Inuit utilisent depuis plus de 4 000 ans le kayak (kajak), constitué d'une armature de bois flotté, parfois d'os, recouverte de peaux de phoques épilées et cousues ensemble. L'umiak est un bateau plus grand, utilisé pour chasser les grands animaux marins. Il est composé d'une carcasse en bois recouverte de peaux de phoques ou de morses cousues par les femmes. Le fond plat permet d'accoster sans danger sur les rivages.
Se déplacer sur la banquise
Construit à partir de bois flottés et d'os d'animaux attachés avec des lanières de peaux ou de tendons de baleine, le traîneau à chiens (kamuttik) glisse sur la neige grâce aux patins en défense de morse ou en bois. Il doit être assez léger pour être tiré par dix à douze chiens... et assez solide pour transporter une famille entière ! Lorsque les hommes perdent leur route dans la tempête de neige, les chiens savent toujours revenir au camp.
Chasser pour survivre
Les mammifères marins, essentiellement phoques et morses, occupent une place fondamentale dans le mode de vie et l'alimentation des Inuit et de leurs chiens. L'été, tous suivent la migration des caribous pour les chasser au harpon. Cette pratique collective fournit la viande pour l'hiver tandis que les andouillers sont taillés et sculptés pour fabriquer objets quotidiens et jouets. La nature devient culture.
À chacun sa part
L'alimentation, essentiellement constituée de viande de phoque, de caribou et de poisson, est souvent consommée crue, séchée, gelée ou encore bouillie. Ce régime alimentaire permet de résister aux températures extrêmes et aux maladies. Certaines parties du phoque sont réservées aux femmes tandis que les côtes sont destinées aux enfants. Les mères nourrissent leurs bébés au bouche à bouche avec du bouillon de cuisson. Lors des repas, le même morceau de viande circule de convive en convive en respectant la trajectoire du soleil, puis lui succède la marmite du bouillon. Chacun s'assure qu'il y a à manger pour tout le monde.
Entre l'humain et l'animal
Les Inuit perçoivent le monde qui les entoure selon un mode de pensée animiste. Toute chose présente sur Terre possède un « souffle vital » (anirniq) qui lui confère une dimension sacrée. Les êtres naturels dont les humains se nourrissent sont animés par un esprit, l'homme est habité par une âme (tarniq), matérialisée par l'ombre. Ce « double » ou « reflet des êtres vivants » survit au corps dans l'au-delà et peut se réincarner. Le chamane (l'angakuk), médiateur entre les esprits et les êtres vivants, est parfois sollicité pour attirer les proies prêtes à offrir leur chair.
La peau pour se vêtir
Pour préparer les peaux, les femmes utilisent l'ulu, un couteau dont la lame en forme de demi-lune est surmontée d'un manche en bois ou en os. Les vêtements sont confectionnés à partir de peaux et de fourrures. Dépecées et dégraissées, les peaux sont lavées, séchées et mâchées longuement pour les assouplir. Les morceaux sont cousus à l'aide de tendons de caribou ou de mammifères marins dont les fibres vont gonfler au contact de l'eau et occulter le trou de l'aiguille en os. Ce système ingénieux assure l'imperméabilité des chaussures et des vêtements.

 

 


UN MODE DE VIE SÉCULAIRE BOULEVERSÉ
L'existence des Inuit est connue des Occidentaux depuis le XVIe siècle, par les baleiniers puis plus tard par les navigateurs à la recherche d'un raccourci entre l'Atlantique et le Pacifique par le nord de l'Amérique. Le mode de vie, l'organisation sociale et l'économie des populations de l'Arctique de l'est canadien (dont le Nunavik) subissent depuis d'irréversibles changements.
Convertir les « égarés »
À l'apogée du colonialisme, au début du XIXe siècle, une congrégation française de missionnaires catholiques - les oblats de Marie-Immaculée - envoie en Arctique des prêtres « prêts à se faire victimes pour le salut des âmes ». Sur place, ils édifient des chapelles, écoles, orphelinats, hôpitaux. Mais si la foi catholique se réfère à des esprits bienfaiteurs, la spiritualité arctique est peuplée de « mauvais » esprits, cause de tous les maux. Le mode de vie inuit prône le nomadisme, la polygamie et l'abandon des plus faibles, à l'inverse de la morale chrétienne.

Évangéliser par l'écriture
Les prêtres anglicans développent un système d'écriture syllabique, inventé par d'autres religieux à partir de la sténographie pour diffuser le christianisme chez les Amérindiens. Les Inuit comme les Indiens passent d'une tradition orale à l'écrit. La morale chrétienne contredit traditions et croyances chamaniques, transformant peu à peu l'imaginaire des Inuit.
Du chasseur au trappeur
Le commerce des fourrures permet les premiers échanges entre les Occidentaux et les populations autochtones. Vaisselle, fer, textile, nourriture et surtout armes et munitions, tabac et alcool s'échangent contre les peaux et l'artisanat en stéatite ou en ivoire. La pratique du piégeage imposée aux Inuit bouleverse les techniques traditionnelles de chasse. Les chasseurs deviennent trappeurs.
La Compagnie anglaise de la Baie d'Hudson ouvre un premier comptoir en 1830 au Nunavik, qui se développe au début du XXe siècle malgré la forte concurrence avec le fourreur parisien Revillon Frères.
Revillon Frères (1899-1936)
Après l'ouverture de succursales à Londres et New-York, le fourreur parisien Victor Revillon développe en 1901 une chaîne de comptoirs pour acheter les fourrures directement aux Inuit. Des bateaux à voiles assurent les communications entre les comptoirs de traite, créant les premiers ports et les premiers villages sur le littoral des baies d'Hudson et d'Ungava. Les bâtiments Revillon Frères sont installés près des iglous et les familles du personnel cohabitent avec les Inuit et les missionnaires. Mais la Première Guerre mondiale et la chute du prix des fourrures en 1920 imposent la fusion de la société avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, avant de cesser son activité en 1936. La fin brutale de cette économie engendre pour les Nunavimmiut des épisodes tragiques de famine.
La sédentarisation. Le goût amer des années 50 et 60
Le processus de sédentarisation est un fait marquant dans l'histoire des Inuit. Ils sont contraints à s'installer de façon permanente dans des petites maisons préfabriquées autour des églises, des premières écoles et des comptoirs de vente des fourreurs. Pour assurer la souveraineté du Canada sur tout le territoire arctique, la communauté d'Inukjuak est relocalisée dans le haut Arctique dans des conditions de vie épouvantables.
Entre 1950 et 1980, les enfants arrachés à leur famille sont envoyés dans des pensionnats, interrompant la transmission des savoirs traditionnels. Mainmise des pouvoirs administratifs et scolarisation obligatoire, fin du nomadisme voulu par le gouvernement, massacres des chiens par les forces de l'ordre, autant d'évènements vécus comme une ultime mesure pour réduire les Inuit à leur acculturation.

 

 


L’ART INUIT
Les créations inuit datent de plusieurs millénaires. Les Dorsétiens (-1000 av. J.-C. à 1000 apr. J.-C.) réalisent déjà de petits objets sculptés dans l'ivoire de morse représentant des visages humains ou hybrides que l'on pense liés aux pratiques chamaniques ou le reflet de leur spiritualité.
Pendant la Culture de Thulé (1000 à 1800 environ de notre ère), les hommes décorent des objets utilitaires et fabriquent des modèles réduits qu'ils échangent avec les premiers Européens contre des denrées ou des armes à feu.

L'art inuit contemporain
La tradition historiographique attribue la découverte de l'art inuit à James Houston, un artiste canadien, qui rapporte « aux Blancs » en 1948 quelques petites sculptures du village d'Inukjuak. Peu après, la Guilde canadienne des Métiers d'art de Montréal promeut et commercialise cet art. En 1967, l'Exposition universelle de Montréal assure la reconnaissance de l'art inuit dans le monde entier.
Le Père Steinmann et la première coopérative des sculpteurs
Au Nunavik, le père André Steinmann joue un rôle essentiel dans la constitution de la coopérative de Puvirnituq, épaulé par Peter Murdoch, gestionnaire local de la Compagnie de la baie d'Hudson. En 1958, les Inuit n'ont plus de ressources pour vivre. Le Père Steinmann part promouvoir les productions locales avec l'artiste Charlie Sivuarapik au Canada et aux États-Unis. Farouchement opposé au fonctionnement du triangle Guilde canadienne des Métiers d'art/Gouvernement/Compagnie de la Baie d'Hudson, il accompagne les Inuit désireux de prendre en main leur destinée.
Faire parler les pierres
Majoritairement destinées aux Qallunaat (les Blancs) les œuvres représentent toujours des sujets spécifiques à la culture inuit. Le bestiaire arctique, les mythes et les croyances, la chasse et la pêche et surtout les pratiques chamaniques, sont les sources inépuisables d'inspiration.
La création artistique est devenue le moyen d'exprimer un passé révolu, raconter l'histoire de son peuple et crier ses souffrances. L'art inuit devient un manifeste politique.
L'ivoire et la pierre
L'ivoire de morse et la stéatite sont les deux matériaux utilisés par les sculpteurs du Nunavik.
Appelée aussi « pierre à savon » (ou « pierre ollaire » dans les Alpes), la stéatite est extraite facilement dans des carrières proches des villages. Les artistes la travaillent avec peu d'outils. Ses propriétés réfractaires la destinait à la production d'objets utilitaires (vaisselle, lampes à huile de phoque, etc.). Elle commence à être utilisée pour la sculpture sur les conseils de James Houston, qui pensait que l'Occident accepterait plus facilement cette forme d'art brut.
Dessiner c'est parler
Au-delà d'une production sculpturale importante, le Nunavik a été une trentaine d'années durant, l'un des centres majeurs de la production d'estampes. Inspiré des estampes xylographiques japonaises, ce procédé est introduit par James Houston au Nunavut où il est adapté à un matériau accessible aux Inuit : la pierre. Issues de la tradition orale, les thèmes des estampes témoignent le plus souvent des activités quotidiennes, de la chasse et de la pêche ou encore de la vision socio-cosmique du monde. Commercialisées à l'échelle internationale elles sont une fenêtre sur le monde inuit bien qu'exemptes de thèmes polémiques (violence, pauvreté, alcoolisme...) qui font partie de la société inuit actuelle.
   

INUIT AUJOURD'HUI
La Convention de la Baie-James et du Nord québécois signée en 1975 avec le Québec, le Canada et la société Hydro-Québec jette les bases d'une nouvelle organisation sociale, économique et administrative d'une grande partie de la population autochtone du Québec. En compensation de la perte d'immenses territoires, la Convention attribue aux Cris et aux Inuit des subventions leur garantissant services médicaux, sociaux et éducatifs.
À l'exemple du Nunavut voisin, une nouvelle nation se bâtit, revendiquant de plus en plus d'autonomie politique pour aboutir en 2007 à la création de l'entité régionale du Nunavik. Entité néanmoins soumise à l'autorité de l'Assemblée nationale du Québec et du Parlement du Canada. Peu après, un traité octroie au Nunavik la propriété d'un grand nombre d'îles occupées par les Inuit depuis 4000 ans.
Quand le Québec propose en 2011 un projet stratégique, nommé Plan Nord, pour définir le développement du potentiel minier, énergétique et faunique, les Inuit répondent par un Plan Nunavik. En 2015, voulant dorénavant prendre en mains leur propre destinée, ils rédigent la Déclaration des Inuit du Nunavik. Fiers, unis et déterminés...

Nouveaux réseaux
Des médias propres au Nunavut et au Nunavik se développent : journaux et magazines, radios et télévisions communautaires (ISUMA). L'usage grandissant des technologies numériques offre une large ouverture au monde. Grâce à Internet, des liens se nouent avec les Inuit qui vivent à Montréal, Québec ou Edmonton - baptisée « Edmontuk » !
Le mode d'alimentation américanisé est adopté mais la chasse rythme encore la vie et les saisons. Pour accompagner leurs parents, les enfants n'ont pas cours les jours de chasse.
Nouveaux enjeux
Plus de la moitié de la population a moins de 20 ans. Surpeuplement des logements, taux de chômage élevé, familles vivant sous le seuil de pauvreté, influence de l'alcool et consommation de drogues en hausse, acculent certains au suicide, d'autres à la violence. Un vaste programme de maisons de jeunes est en cours dans les villages pour lutter contre le désœuvrement.
Le tourisme ouvre une nouvelle voie. Certains Nunavimmiut s'investissent dans la gestion des parcs naturels. D'autres créent des structures d'hébergement destinées aux touristes venus vivre « l'extrême » ou contempler des paysages. D'énormes paquebots de croisière arrivent par le détroit d'Hudson ; à bord, des populations avides d'imagerie boréale et d'une nature « vierge » qui leur est annoncée.
Une culture en mutation
Depuis le début du XXIe siècle, les artistes inuit occupent la scène internationale et font exploser les clichés sur leur culture dans tous les domaines : musique, cinéma, mode, design, cirque, etc. De jeunes chanteuses (Elisapee Isaac, Beatrice Deer, Taqralik Partridge ou Tania Tagak mixent slam, rythme hip-hop et chants de gorge) poursuivent une carrière à l'étranger.
De la Sibérie au Groenland, les autochtones sont de plus en plus présents politiquement et culturellement. Le harpon du chasseur de Markoosie Patsauq est le premier roman inuit paru en 1970 et Sanaaq de Mitiarjuk Napaaluk, le premier récit rédigé en inuktitut.
Les Inuit face aux changements climatiques
Le réchauffement climatique, deux fois plus intense en Arctique, engendre la fonte du pergélisol - sol gelé toute l'année - et de la banquise, ainsi que le recul des glaciers. La hausse des températures altère les itinéraires des migrations de certaines espèces, dont les caribous.
Se déplacer sur la glace et la banquise devient plus périlleux. Les routes et les pistes d'atterrissage s'enfoncent ou se déforment. L'ours polaire et le renard se rapprochent de plus en plus des zones urbanisées, créant de nouveaux dangers pour les habitants. L'équilibre saisonnier perturbé menace sérieusement la culture inuit.
Quel chemin prendre ?
Comme tant d'autres peuples minoritaires ailleurs dans le monde, les Inuit s'interrogent sur leur avenir. Vont-ils eux aussi adopter le mode de vie occidental, en oubliant les principes fondateurs de la culture inuit ? Comment changer en restant soi-même ?
Les Occidentaux et l'humanité dans son ensemble sont-ils prêts à permettre à ces sociétés de vivre dans leur culture, au-delà des généreuses mais vaines déclarations solennelles sur le respect de la diversité ?
     

 

 

Pierre Tairraz et Roger Frison-Roche
Un regard photographique sur le Grand Nord

« Au début du printemps arctique, vents et blizzards s'épanchent toujours avec fureur sur la glace, les températures avoisinent les - 40°C, le gibier est encore rare. C'est dans ces conditions extrêmes que Roger Frison-Roche et notre père, Pierre Tairraz, fascinés par le Grand Nord, décident de partir de mars à mai 1966, à la rencontre des " Peuples chasseurs de l'Arctique ".
Ils entament un voyage humain et sauvage, animés du désir de vivre et partager le quotidien d'abord des Amérindiens Chipewyans aux abords du Grand Lac des Esclaves (Territoires du Nord-Ouest canadien) puis des Inuit, encore nommés Eskimos, au nord du Nunavut. Leur volonté, leur espoir : témoigner de la vie, en participant à leurs travaux quotidiens et leurs déplacements, de ces hommes et ces femmes dont la survie dans ces solitudes glacées, dépend uniquement de la chasse. L'explorateur et le photographe ont parcouru plus de 800 km en traîneaux à chiens sur la banquise à l'immensité déroutante, guidés par des hommes d'exception : Tabatiak, le chef des Inuit réfractaires de l'Agu Bay, Tattigat et son fils Giuseppi, Idlout et David Windgot.
De l'île d'Igloolik (70°N), épicentre culturel du peuple inuit, aux derniers camps d'hiver sur l'île du Crown Prince Frederic à l'entrée du Détroit de Fury et Hecla, de Resolute à l'île Ellesmere (80°N), ils ont assisté à la chasse au phoque, à l'eider royal et à l'ours blanc ; ont vécu la chaleureuse promiscuité des igloos et la convivialité de la famille de Kopak ; ont observé l'étrange bal des bœufs musqués.
De cette aventure au bout du monde " à la fois grandiose et épouvantable ", Roger Frison-Roche et Pierre Tairraz ont ramené un témoignage historique et ethnographique passionnant, décliné dans le livre " Peuples chasseurs de l'Arctique " et dans un film diffusé lors des conférences Connaissance du monde. »
Caroline et Valérie Tairraz, 2016

Pierre Tairraz (1933-2000) fut photographe et cinéaste de haute-montagne, explorateur et conférencier. Issu d'une lignée de photographes de montagne à Chamonix, il a parcouru les Alpes et voyagé du Grand Nord canadien à l'Himalaya, du Sahara au Negev (désert au Sud d'Israël), du Cap Nord à la Turquie en réalisant des photographies et des films. Il propose, au travers de son regard, l'intensité du moment et la beauté d'horizons qu'il aime.

Roger Frison-Roche (1906-1999) fut écrivain, guide de haute-montagne à la Compagnie des guides de Chamonix, journaliste, explorateur et conférencier. Sa passion du voyage, du désert et de la montagne lui a fait sillonner les Alpes, le Sahara, la Laponie et le Grand Nord canadien. Auteur d'une trentaine de romans, de l'initiatique Premier de cordée à sa somptueuse biographie Le versant du soleil, il réalisa de nombreux reportages et conférences.

 

 

Nunavik : « la grande terre habitée »

Autrefois nommé Nouveau-Québec, Nunavik est le nom donné à un territoire québécois aussi vaste que la France situé au nord du 55e parallèle, entre la baie d'Hudson, le détroit d'Hudson et la baie d'Ungava. Composé de lacs sculptés par les glaciers, de banquise, de toundra et des montagnes de la chaîne Torngat, la localité la plus septentrionale est Ivujivik, là où se produit l'une des plus hautes marées du monde. En été, le soleil ne se couche pratiquement jamais. À l'automne, la toundra se pavoise de couleurs flamboyantes avant l'arrivée d'un long hiver très rigoureux (moyenne de -24 ˚C) dans la grande nuit polaire.

Longtemps sous régime britannique, ce vaste territoire, nommé Terre de Rupert, est cédé au Canada en 1870. Il devient ensuite « Territoire-du-Nord-Est » pour être appelé « Nunavik » par la Commission de toponymie du Québec, en 1988. En forme de réappropriation symbolique du territoire après des décennies de colonisation par les Européens et les Canadiens, tous les lieux retrouvent leur appellation vernaculaire.

Peuplé d'un peu plus de 12 000 Nunavimmiut - habitants du Nunavik -, ce territoire regroupe quatorze villages installés sur le littoral ainsi qu'un village amérindien occupé par une communauté crie. Pour accéder au Nunavik, aucune route n'existe en provenance du sud.

 

 


Inuksuk.
Sentinelle de pierre

« Dans toute la terre du Nunavik, il y a des inuksuks. Ils ont été utilisés de tous temps pour repérer les endroits où les caribous marchaient en grand nombre... La viande était enterrée sous des roches pour avoir de la nourriture en hiver... La terre n'a pas d'arbres ici. S'il n'y avait pas eu d'inuksuk, plusieurs personnes seraient mortes pendant le blizzard.»
Tumasi Qumaq, inuk de Povungnituk.

Dispersés dans toute la région circumpolaire, les inuksuks sont des structures de pierres que les Inuit utilisent depuis les origines pour retrouver leur route dans l'immensité de la toundra. Ils sont toujours respectés, voire vénérés.

L'inuksuk du Nunavik est constitué d'un amoncellement de forme conique de roches trouvées alentour, comme des humains sans bras ni jambes. La signification de ces cairns aux formes variées (en inuktitut « qui a la capacité d'agir comme un humain ») est multiple. Outre l'usage de repères et d'aide à la chasse, certains se dotent de fonctions mémorielles ou de connotations spirituelles. Récemment, des communautés se sont mises à construire des structures de pierres composées d'une tête, de bras et de jambes. Et par extension, le terme inuksuk désigne maintenant cette construction anthropomorphe qui est en réalité un inunnguaq « qui imite un être humain ».

Ce symbole figure aussi sur le nouveau drapeau du Nunavut tandis qu'une réinterprétation de l'inuksuk devenait l'emblème des Jeux Olympiques de Vancouver en 2010. De plus en plus « d'hommes de pierre » sont édifiés en Arctique pour refléter les valeurs de solidarité inhérentes au monde inuit et inscrire dans le paysage la volonté de survie d'un peuple autochtone à l'aube du XXIe siècle.

 

 

 

 

 

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