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Jean-Pierre LAURENT

Jean-Pierre Laurent et Charles Joisten
chez les Marrou, leurs informateurs lors d’une enquête à Saint-Véran, 1980.
Photo : Charles Joisten

Jean-Pierre LAURENT

Le Musée dauphinois vient de perdre l'un de ses anciens conservateurs, Jean-Pierre Laurent, décédé à Grenoble ce 28 juillet 2015, à l'âge de 88 ans. Il avait dirigé cette institution de 1971 à 1986 et lui avait donné tous les caractères qui la singularisent aujourd'hui encore dans le paysage des musées français.

Il n'est pas exagéré de dire que le Musée dauphinois a eu deux fondateurs : Hippolyte Müller, en 1906 ; et au début des années 1970, Jean-Pierre Laurent, qui devait transformer en profondeur ce musée et influer sur les principes mêmes de la muséologie contemporaine.

C'est Bernard Gilman, alors adjoint à la culture dans la municipalité Dubedout, qui convainc Jean-Pierre Laurent de quitter le Musée-Château d'Annecy pour prendre la direction du Musée dauphinois, récemment installé dans l'ancien couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut. S'inspirant du théâtre et de l'expérience de Georges Henri Rivière (le fondateur du Musée national des Arts et Traditions populaires), Jean-Pierre Laurent devait être l'un des premiers à introduire la scénographie d'exposition, dont il assurait lui-même la conception et la réalisation. C'est la fin des alignements de vitrines et des accumulations d'objets, c'est un éclairage travaillé, mais c'est surtout l'introduction d'une sensibilité nouvelle pour tenter de toucher, d'émouvoir, le visiteur. L'objectif est bien de transmettre au mieux le témoignage que véhiculent les collections, mais aussi d'inviter le public à comprendre et partager les valeurs de la société traditionnelle et de mieux réfléchir à sa propre condition. C'est la naissance du musée que l'on dira bientôt de société, dont il portera longtemps les principes jusque dans l'expérimentation sociale.

Jean Guibal
au nom de l'équipe et des anciens du Musée dauphinois
ainsi que de tous ceux qui ont collaboré avec Jean-Pierre Laurent

 

  Quelques grandes expositions réalisées par Jean-Pierre Laurent sont restées dans les mémoires :

Enfants des montagnes
Les colporteurs fleuristes de l'Oisans
La main du gantier
Le désert et le monde : l'ordre des chartreux
Le Roman des Grenoblois
Gens de là-haut
...
    

Le Musée dauphinois a publié en 2008
un ouvrage d'entretiens de Jean-Pierre Laurent avec Mireille Gansel :


Et l'homme se retrouve !
Cheminements muséographiques

Grenoble, Éditions Musée dauphinois

Consulter la fiche bibliographique
(Possibilité de commander en ligne)

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Publications éditées sous la direction de Jean-Pierre Laurent
Téléchargez les versions numériques complètes
LE ROMAN DES GRENOBLOIS
Collectif, exposition du Musée dauphinois, 1982, 120 p.
[ PDF ]
 
  ENFANTS DES MONTAGNES
LAURENT, Jean-Pierre (dir.). Enfants des montagnes, catalogue d'exposition, Musée dauphinois, 1979. 73 p. ill.
[ PDF ]

Hommage à Jean-Pierre Laurent
Si vous souhaitez faire-part d'un témoignage personnel, ou d'un simple hommage à la mémoire de Jean-Pierre Laurent, n'hésitez pas à nous adresser vos textes, que nous publierons sur le site Internet du Musée dauphinois.

 

Ecrivez nous à l'adresse suivante :
musee.dauphinois@cg38.fr

 
  Ils témoignent

Jean-Claude Duclos

Directeur du Musée dauphinois
de 2000 à 2011

Jean Guibal a raison de dire que Jean-Pierre Laurent refonde le Musée dauphinois lorsqu’il y arrive en 1971. Tandis que nous retracions l’histoire de ce musée, pour son centenaire en 2006, nous mesurions la difficulté de rendre compte de son langage, c’est-à-dire de sa muséographie, et tout particulièrement durant les années 1970 – 1980, lorsqu’avec Jean-Pierre, cette muséographie devient totalement innovante.
Nous souhaitions qu’il l’explique et qu’il l’écrive et c’est ce qu’il promettait de faire tandis qu’il « lâche la clé à mollette », pour reprendre son expression. Nous avions rassemblé dans ce but, partiellement transcrits, les nombreux enregistrements que nous avons de lui, car il pensait y trouver la matière de son texte. Mais le temps passait et malgré plusieurs tentatives, aucun écrit n’arrivait. Aussi remercions-nous très vivement Mireille Gansel d’avoir accepté de recueillir et de réécrire sous son contrôle, entre 2006 et 2007, son témoignage. Ainsi nous a-t-elle permis d’éditer en 2008 « Et l’homme se retrouve – Cheminements muséographiques de Jean-Pierre Laurent ». L’essentiel de sa pensée se trouve dans ce petit livre, exposé par lui-même, résumant tout ce qu’il apporte de neuf au musée. A commencer par la décision de rompre avec la permanence, « d’entrer – dit-il – dans la stratégie du changement en sachant qu’exposer c’est s’exposer ». Il l’avait déjà expérimenté à Annecy en réalisant quelque 80 expositions en une vingtaine d’années. Il continue à Grenoble en démontant courageusement des présentations afin de donner place aux expositions temporaires qui vont nourrir, enrichir et relancer régulièrement le dialogue avec un public croissant.
« Communiquer un savoir, sûrement – dit-il – mais surtout communiquer une émotion. Etablir ou rétablir une connivence, oubliée parfois, entre des objets et ceux qui les regardent. Objets de la vie ordinaire mais aussi, de la création artistique. Les éclairer d’une nouvelle lumière, d’un nouvel écho sonore, d’un environnement qui les accompagne ». C’est ainsi qu’il introduit la scénographie au musée et avec, elle une idée nouvelle qui ne fit pas l’unanimité : « Ce n’est pas obligatoirement la réalité d’un objet qui compte, c’est le sens qu’on lui donne, qu’on lui découvre, l’émotion qu’il suscite (…) Se souvenir que derrière chaque objet, il y a la présence d’un homme ou d’une femme, un créateur, un artisan, un fabricant, un artiste, un utilisateur et qu’à travers la perception de cette réalité, on approche l’intime humanité de toute chose ». Car tel est son objectif : toucher le visiteur en l’atteignant dans ce qui lui ressemble. « L’exposition – dit-il – est une œuvre collective, complète, subjective, un parcours mental qui est offert à des visiteurs pour qu’ils le partagent dans un dialogue intime où ils jouent eux aussi à se reconnaître ». Une œuvre collective, assurément et Jean-Pierre, dans le chantier de ses expositions, savourait chacun des  moments qu’il passait avec les techniciens de l’équipe qu’il avait créée et dont il était si fier. Pourtant avoue-t-il : « L’exposition n’est pas une œuvre rationnelle, son support matériel, fut-il particulièrement réussi, cache toutes les faiblesses de tout acte créateur. Elle comporte ses aberrations du fait même qu’elle participe d’une construction fictive et que son langage, qui est celui de la séduction, s’exprime lui-même à travers le vocabulaire amoureux ». Ainsi comprend-on pourquoi il n’a pas toujours été ni facile, ni possible de le suivre.
Sa dernière grande exposition au Musée dauphinois, « Les chartreux – Le désert et le monde » dont nous entendions l’une des musiques, est marquante à plus d’un titre dans son œuvre muséographique. Elle profite de près de trente années de connaissance et de fréquentation du monde cartusien et lui permet d’affiner encore sa démarche : « Il me semble avoir mieux compris, après ce genre d’expérience, combien le spectacle de l’émotion, qui est en fait le nœud dur de toute muséographie, ne réclamait que des choix de moyens très simples et très limités. C’est leur opportunité dans l’espace et le temps qui leur donne leur sens et leur puissance ». Ce fut une grande chance, cher Jean-Pierre, de travailler avec toi.



   
 

Jean-François Lyon-Caen
Le 3 août 2015

À Jean-Pierre Laurent sont liés de beaux moments de partage nés autour de son immense curiosité face à la vie quotidienne.

À chacune de nos rencontres et collaborations, j'ai eu la chance non seulement d'enrichir ma connaissance des mondes de la montagne - les gens, les lieux - mais aussi de découvrir une vision (d')étonnante de leurs présentations aux publics.

Ainsi lorsque, jeune architecte, je me vois confier en 1980 par Jean-Pierre Laurent et Charles Joisten le soin d'étudier une maison que le musée dauphinois projetait d'acquérir à Saint-Véran, pour y établir un musée de l'habitation. Ce fut pour moi un bel apprentissage que de travailler à cet objectif d'une restitution précise et exacte des matériaux, des espaces, des transformations et des traces de vie.

En 1982, la découverte au musée dauphinois de l'exposition « Le roman des grenoblois » est une révélation... Belle leçon éclairant d'une dimension sociale, l'évolution architecturale et urbaine de la ville. Autant de sources de curiosités et d'étonnements personnels qui rejoignaient alors les études architecturales et urbaines que je menais sur plusieurs petites villes des Alpes, alliant approches typologiques et morphologiques des lieux.

Quelques années plus tard, soucieuse de faire partager par le plus grand nombre, le fruit de nos travaux sur la création des lieux des sports d'hiver dans les Alpes, notre équipe de l'école d'architecture de Grenoble a imaginé un projet, « le roman des skieurs », qui devait beaucoup aux graines semées par Jean-Pierre Laurent.

En 1984, lors de la célébration du quarantième anniversaire de la destruction des villages du Vercors par les armées nazies, un travail réalisé avec des étudiants de l'école d'architecture de Grenoble sur la reconstruction de ces villages sera présentés sous le chapiteau du musée dauphinois dressés ur la place de LaChapelle-enVercors. Tout-à-coup, nous avons vu tout notre travail technique fabriqué à l'atelier au cours de l'année se transformer en une exposition animée. Grâce à l'équipe conduite autour de Jean-Pierre Laurent et qui réunissait André Pitte et Jean-Claude Duclos, la célébration officielle de ces évènements tragiques, est un instant de fête. Belle leçon de médiatisation.

En 1988, nouvelle rencontre avec Jean-Pierre Laurent chargé de la mise en œuvre du musée Hydrélec à Vaujany. Prenant appuis sur la recherche « Cathédrales électriques conduite à l'école d'architecture de Grenoble avec Jean-Claude Ménégoz, il suggère de réaliser un gigantesque dessin axonométrique illustrant l'intérieur d'une usine hydroélectrique (LeVernay), et qui servira de support pour expliquer au visiteur, comment l'eau des montagnes, domptée par l'homme dans des conduites forcées, produisait de l'électricité. Étonnement de découvrir comment Jean-Pierre Laurent su résumer un inventaire architectural en une fresque murale, à ambition didactique.

Je retiens de ces rencontres le souffle théâtral que Jean-Pierre Laurent savait donner aux projets et réalisations dont il avait la charge. Souffle, parfois intimidant lors de son énoncé, mais emportant très vite l'envie de faire, le goût de se dépasser.


Élodie Kohler

Directrice des musées
et du patrimoine
de l'agglomération d'Annecy
au nom de l'équipe actuelle
et des anciens.

Le Musée-Château d'Annecy rend hommage à Jean-Pierre Laurent

Le Musée-Château d'Annecy regrette aujourd'hui la disparition de Jean-Pierre Laurent, son premier conservateur en ces hauts murs. Il est décédé à Grenoble ce 28 juillet 2015 à l'âge de 88 ans.

Jean-Pierre Laurent a été nommé à 23 ans à Annecy en 1952, au moment de l'incendie du château puis de son rachat en 1953 par la Ville. En étroite collaboration avec Georges Grandchamp, il va s'atteler à une importante campagne de travaux de restauration du château, y transférant progressivement les collections du musée alors installées au dernier étage de l'hôtel de ville.

"Un site culturel se doit d'être un organisme vivant, sans cesse en mouvement, et, bien sûr, ouvert à la population", disait-il. Pendant vingt ans, il y organisera des expositions sur des périodes et des thématiques très diverses, en alternant habilement chefs d'œuvres de l'art classique et grands courants artistiques internationaux des 19e et 20e siècles. La scénographie personnelle et innovante, toujours renouvelée, sensible, est portée par des équipements techniques rares à l'époque mais dont il fait doter le château : laboratoire photographique, imprimerie, ateliers techniques.Son intérêt pour l'ethnographie de la Savoie et ses représentations se lisent à travers ses acquisitions : la collection s'enrichit durant cette période de quelque 800 objets, résultats concrets d'association entre recherche, enquêtes ethnographiques et collectes qui traduisent ses liens avec Georges-Henri Rivière et le Musée National des Arts et Traditions Populaires. L'art contemporain fait une entrée discrète dans les collections en 1969 par le biais de la lithographie. Le public est sa priorité : Jean-Pierre Laurent ouvre la grande salle et la cour à des concerts et spectacles de théâtre. C'est lui qui accueille notamment, de 1954 à 1956, les Nuits théâtrales avec Gabriel Monnet.

Il deviendra ensuite le conservateur du Musée dauphinois à Grenoble de 1971 à 1986, où il fut là aussi un conservateur particulièrement créatif, à l'initiative de nombreuses expositions ayant marqué la vie culturelle grenobloise.

Le Musée-Château d'Annecy lui rendra hommage en septembre dans la grande salle du musée lors d'un temps de commémoration et de partage ouvert à tous.

Source : http://musees.agglo-annecy.fr/Agenda/Hommage-a-Jean-Pierre-Laurent

Charles André Zürcher
Président de l'Association
pour le Développement
du Musée EDF Hydrélec
au nom de l'équipe du Musée EDF Hydrélec
et de tous ceux qui ont collaboré avec Jean-Pierre Laurent

http://www.musee-edf-hydrelec.com

Le Musée EDF Hydrélec, sensible à la disparition d'un des principaux contributeurs de sa réalisation, présente ses plus sincères condoléances à la famille, aux amis et collègues de Jean-Pierre Laurent.

C'est en 1985 que son parcours se lie à celui d'Hydrélec. A la demande de René Gavoille, agent EDF initiateur du musée, Jean-Pierre Laurent en devient le conseiller muséologie. Il en remaniera la structure, pour proposer au final un projet cohérent obéissant aux règles traditionnelles de la muséographie. Il fera même davantage, en introduisant une notion d'accessibilité pédagogique, où les objets peuvent être touchés, manipulés pour en comprendre la structure et le fonctionnement.

Grâce à ses amicales relations professionnelles avec André Desvallées, conservateur du CNAM, il réussit à doter le musée d'un fonds d'objets de grand intérêt. Par son implication, le musée obtient l'appellation « musée contrôlé », aujourd'hui « musée de France ». Devenu par la suite le responsable scientifique, il en assure la validité scientifique jusque dans les années 2000.

Depuis, le Musée EDF Hydrélec a continué son chemin, sur les bases construites par Jean-Pierre Laurent, pour devenir ce qu'il est aujourd'hui : le seul musée en France entièrement dédié à l'hydroélectricité.

René Gavoille
Claix

A la famille de Monsieur Jean-Pierre Laurent

Lors de la sépulture de votre parent, j’ai écouté avec beaucoup d’émotions les témoignages remarquables de Messieurs Guibal et Duclos du Musée dauphinois.

Il n’était pas possible d’évoquer toute la carrière de Monsieur Laurent.

Aujourd’hui je souhaite vous faire part d’une période de collaboration qui s’échelonne sur plusieurs années.

Tout d’abord entre 1975 et 1980, un projet de Musée de la Houille Blanche et de ses industries était initié par le Directeur du groupe régional de la production hydraulique d’EDF à Grenoble et le Président de la chambre de commerce et d’industries Alpes.

En tant que représentant d’EDF dans ce projet j’avais pu apprécier les compétences et la pertinence des remarques de Monsieur Laurent. Les industriels autres qu’EDF s’étant lamentablement désintéressés, le projet s’arrêtait.

En 1983 EDF décidait alors de réaliser un « Centre d’Information » à proximité de la puissante usine hydroélectrique de Grand Maison alors en construction.

Dès le mois de mai 1985 Monsieur Laurent, qui a quitté ses fonctions au Musée dauphinois, accepte de participer à la création de ce Centre d’information et devient le conseiller en muséologie.
Un projet cohérent comportant l’exposition de machines anciennes est proposé par Monsieur Laurent, ainsi que des modifications importantes du bâtiment. Dès le départ, sous l’impulsion de Monsieur Laurent, le projet obéit aux règles traditionnelles de la muséographie. « Il s’agissait pour l’heure de réunir des ensembles cohérents de machines et d’objets du patrimoine hydroélectrique et de le représenter le plus subtilement possible à la curiosité du visiteur ».

Le 8 juillet 1988 le Centre d’information baptisé Hydrelec ouvrait ses portes sous une forme provisoire, puis définitive en février 1989, avec une collection de maquettes, mise à disposition à Hydrelec par le musée des Arts et Métiers de Paris. Ce prêt a été possible grâce aux bonnes relations qu’entretenait M. Laurent avec le Conservateur en chef de l’époque.

Ensuite, grâce à la clairvoyance de votre parent et à ses relations, Hydrelec devient « Musée contrôlé » sous l’appellation de  Conservatoire des industries hydroélectrique de Grand Maison le 18 mars 1988.

Je tenais à vous écrire ces quelques lignes pour retracer une partie de son activité muséologique que vous ne connaissiez probablement pas, et lui rendre hommage en mon nom personnel pour notre intense collaboration et tout ce qu’il m’a appris au cours de ces 5 années de collaboration.

Je ne vous oublierai pas Monsieur Jean-Pierre Laurent.

Musée de la Grande Chartreuse
http://www.musee-grande-chartreuse.fr/fr/

Musée matheysin
http://musee.matheysine.com/

Serge Hureau
Directeur du Hall de la chanson
Centre national du Patrimoine
de la chanson,
des Variétés
et des musiques actuelles.

Cher Jean Guibal,

Tu sais tout l'attachement que j'ai pour ce grand concept de Musée de société pour la raison, entre autres, de la place qu'il peut faire à la chanson. Les fondateurs de ce véritable phénomène forcent toute notre admiration. [...] Très touchés croyez-bien que nous sommes avec vous en ce moment de deuil. Merci de nous avoir prévenu et fait ainsi mieux connaître Jean-Pierre Laurent.

Très cordialement à vous tous et bien amicalement à toi cher Jean Guibal.

 

   

Elisabeth Pénisson
Conservateur de musée,
à Vesunna site musée gallo-romain
de Périgueux

 

Denise Schoendorff



Pier Carlo Zingari

Jean-Pierre avec son humanité si grande, si belle, si simple reste l’ami profond et universel. Le véritable ami, ami du partage, ami de la pensée, de la stupeur, du cœur, de l'âme. Âme douce, forte, vécue, joviale et joyeuse.
Il a été comme un des ces inoubliables copains d'enfance, bien que rencontré quand sa vie avait déjà connu trop de souffrance. Il savait transformer ses souffrances en humanité d'enfant surpris, en âme d'homme libre et courageux.
Et comme avec un copain d'enfance, passer un moment avec lui était un temps infini, rempli maintenant de souvenirs. Ces souvenirs de Baudelaire, comme si on avait mil ans ... J’ai vécu mil ans avec Jean-Pierre.
Un sourire pour lui entre mes quelques larmes et un peu de musique.


                         

Yves GONDRAN

Directeur à la Région Rhône-Alpes
de 1982 à 2004

En 1982 la révolution copernicienne de la décentralisation demandait à ce que le nouvel Exécutif régional puisse construire ses propres politiques. En charge des affaires culturelles au Conseil régional de Rhône Alpes la sagesse voulait qu’avant tout entreprendre je me devais de connaître l’état des lieux. Après plus de vingt années passées en diverses affectations et fonctions, hors de Grenoble et de la région, je retrouvais ainsi avec un immense plaisir mes racines dauphinoises.
Ainsi, au printemps 1983, à Grenoble, je remontais le temps en passant devant la fontaine au Lion et au Serpent dont mon grand père Joseph me narrait la symbolique à chaque promenade enfantine sur les quais. J’escaladais les marches de la Montée de Chalemont toujours aussi abrupte. Et je toquais à la porte du Musée dauphinois.
L’entretien avec Jean-Pierre Laurent fut décisif. Notre pérégrination à travers les salles d’expositions me fit comprendre son art de la monstration pédagogique, ludique, scientifique. Je pus ainsi argumenter auprès du Vice-Président en charge des affaires culturelles les objectifs d’une politique du patrimoine digne de la Région Rhône Alpes. Au grand large de ses territoires. Animée par des équipes ardentes.
J’avais croisé les arts et traditions populaires en Poitou Charente lors de mes fonctions au Ministère de la Jeunesse et des Sports. Les frères Pacher furent mes initiateurs.
Jean-Pierre Laurent sut me faire entendre son exigence scientifique alliée aux formes artistiques de la présentation.
Notre rencontre ne fut pas seulement celle de deux citoyens éclairés, mais elle fut, pour moi, porteuse d’une volonté farouche : celle d’ouvrir au plus grand nombre le sens de son histoire.
Les politiques régionales prirent leur essor. Je ne saurais omettre ici les conservateurs, devenus des amis, qui furent des partenaires d’une rare efficacité en ces temps innovants. Je citerai Jacques Vallerant, Isabelle Lazier, Jean-Claude Duclos et Jean Guibal. Ils étaient les continuateurs de l’œuvre de Jean- Pierre Laurent.
Nous pouvons assumer notre tristesse de voir tomber, encore, un arbre de ce vaste mouvement émancipateur de l’action culturelle au service de la Cité. Car Jean Pierre Laurent nous a forgés.
Nous n’avons pas peur car nous espérons.

Alain de Borniol

Bonjour à vous tous

Le décès de Jean-Pierre Laurent, sans doute dans une grande solitude, laisse les traces d'une intelligence et d'une sensibilité hors du commun.
Il est des rencontres dans la vie qui marquent à jamais un pas dans la connaissance de l'homme.
C'est à Jean-Pierre Laurent que je dois ce pas, et je souhaite m'associer à votre hommage institutionnel afin de rappeler à sa femme et ses enfants toute l'estime et la tendresse que je lui dois comme à vous tous.

J'espère que nous saurons développer une intelligence collective à la hauteur de l'hommage que nous lui devons à l'occasion de cet ultime remerciement.

Bien à vous

À bientôt

 



Atelier Tournesol

La Casamaures

Un lettré curieux : Jean Pierre Laurent en visite à la Casamaures

Jean-Pierre Laurent était un homme un peu intimidant, tant par sa taille que par l’intensité de son regard en venant découvrir une belle ruine surnommée Casa Maures. Il voulait « comprendre le dossier de protection COREPHAE* du monument historique car cette architecture m’intrigue depuis longtemps en passant le long de l’ancienne « Voie royale ». Une route impériale devenue de nos jours rue de la Résistance, et il vous en faudra pour sortir cette ruine des gravats et de l’anonymat ».
J’ai apprécié que ce conservateur prenne l’initiative de découvrir de visu un patrimoine méconnu, une démarche rare dans ce milieu où l’éclectisme du XIXe était encore mésestimé, voir méprisé.

Les questions  étaient précises suite aux mystères des archives détruites à Saint-Martin-le-Vinoux. Comme les habitants porteur du projet de sauvegarde,  il essayait de comprendre les motivations du maître d’ouvrage à l’avant-garde de son époque. Quelles étaient les pensées, les croyances du grenoblois qui avait passé commande pour ce décor exotique dans un cadre de montagne ? Quel était le nom de l’architecte de cet étrange palais de style mauresque ? Qui était vraiment l’entrepreneur Aimé Milly dit Brionnet* dont l’atelier était une gentilhommière boulevard de l’esplanade ?

Les questions  étaient précises suite aux mystères des archives détruites à Saint-Martin-le-Vinoux. Comme les habitants porteur du projet de sauvegarde,  il essayait de comprendre les motivations du maître d’ouvrage à l’avant-garde de son époque. Quelles étaient les pensées, les croyances du grenoblois qui avait passé commande pour ce décor exotique dans un cadre de montagne ? Quel était le nom de l’architecte de cet étrange palais de style mauresque ? Qui était vraiment l’entrepreneur Aimé Milly dit Brionnet dont l’atelier était une gentilhommière boulevard de l’esplanade ?

Ce grand spécialiste d’exposition vivante imaginait déjà de possibles expositions thématiques « or gris », « orientalisme alpin», les grenoblois au XIXe en regardant des photos témoignages... Nous avons passionnément parlé de tous ces artisans innovants avec les premiers prototypes de préfabrication en atelier pour fabriquer des dizaines de moules de bois pour ce prototype de « premier grand préfabriqué en pierres factices ». Le ciment prompt naturel provient des kilomètres des galeries voisines sous la Bastille, produit par la cimenterie de la Porte de France depuis 1842.

Le couvent devenu musée dauphinois avec Hippolyte Müller en 1968, est aussi ancré sur cet éperon rocheux du massif de la Chartreuse. Le conservateur parlait avec brio de ces édifices en domination sur Grenoble avec des panoramas sur le paysage urbain de la vallée de l’Isère cernée par l’écrin des hautes montagnes, un spectaculaire dialogue hommes et nature, selon JJ Rousseau père du naturalisme. De l’angle de la terrasse haute pointant sur l’axe sud, je lui ai montré les deux montagnes en forme de pyramides, dominant la maison familiale des frères Champollion à Vif. Le maréchal Randon de Biviers devenu gouverneur de l’Algérie, ministre de la guerre et toutes les influences sur l’orientalisme qui durent influencer paysans, bourgeois et lettrés dauphinois dont le premier propriétaire*.
Débout dans le jardin d’hiver où la pluie arrosait les parterres directement par la verrière zénithale, il estimait l’ampleur des chantiers et le challenge de sauver ce palais d’orient, tout en valorisant la mémoire collective locale, les mœurs de l’époque. Son intime conviction était que cette maison de campagne était soit un lieu de culte interdit par le très catholique monseigneur Fava, soit un « pince-fesse » ? Son expression désuète nous est restée en mémoire lorsque l’on parle de cas’amore avec tous les décors de cœur glamour et les myriades de bonnes étoiles. A ce jour, aucune information n’étaye son hypothèse pour élucider les pratiques des usagers de ce lieu atypique pour trousseurs de filles ? Peut-être le grenoblois Joseph Jullien Cochard amateur d’exotisme était gaillard au badinage ? Voir le cahier de Victor Sappey et ses caricatures d’épicurien réputé. Né enfant de l’amour d’une simple couturière Mélanie, après trois mariages officiels, le sieur Joseph repose depuis 1886 avec ses deux premières femmes dans son monument funéraire au cimetière Saint Roch, (juste à coté de la tombe de son père présumé Jean Baptiste Cochard, maréchal d’empire de Quaix), selon les trouvailles d’archives d’amateurs d’histoire de l’association créée en avril 1985.

Tout en marchant dans les salons aux plafonds peints si gravement fissurés, ce conservateur avait un œil scrutant les altérations et usures du temps, les méfaits des explosions du polygone en face de la rivière, évaluant des années de chantiers pour le sauvegarder à la force du poignée, avec des clopinettes mais heureusement dotés d’un moral en béton. Infatigable créateur scénographe, il imaginait des scénarios de mise en scène d’exposition* pour valoriser cet « unicum » dans l’histoire de la construction française. Dans les années du ministre à la chemise rose Jack Lang, la remise en cause des conventions fit éclater le conformisme et idées reçues sur le patrimoine classique français. Ce rendez-vous reste un souvenir de plaisir partagé, d’échanges  sur l’identité, l’originalité et les potentiels éducatifs de ce patrimoine mésestimé…
Jamais aucun professionnel n’a visité ce « chef d’œuvre en péril » avec une telle intensité de curiosité, un parcours commenté tout en analysant et projetant son avenir comme monument emblématique isérois.


Un accro non-diplomatique:
Dans le jardin d’hiver, depuis 1981 notre lapin blanc Homo vivait en liberté. En fin gourmet, il sortait à l’air libre parcourant à son goût les jardins en terrasses du magnolia centenaire, ou descendait voir les camionneurs des entrepôts LE BON LAIT (bâtis en 1952). Tout un circuit aromatique sur 3 niveaux pour un lapin blanc très câlin qui appréciait les premiers visiteurs. Pointant ces grandes oreilles, le lapin familier semblait écouter les commentaires de l’historien posté devant le jet d’eau du bassin de marbre. A notre grande surprise, pour goûter ce bipède inconnu, il brouta délicatement le bas du pantalon du costume très chic de monsieur le conservateur. Magnanime, le fonctionnaire de la culture se pencha de toute sa hauteur pour le constat de cette impolitesse irrespectueuse : crime de lèse majesté apparaissait un trou dans son bas de pantalon ! Le moment de gêne dissipé et notre fou-rire maîtrisé, il ajouta dignement ou humoristiquement qu’il enverrait la facture à l’assurance de son institution comme accident de travail…
Pince sans rire, il enchaîna allégrement pour nous expliquer que dans son musée, il tentait de redonner une vie pour petits et grands, sachant que l’hébergement d’animaux était un facteur de charme dans les jardins pour apprivoiser les enfants en visite dans le couvent…
Les 7 poissons rouges du bassin en sont restés bouches bées…



Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné
21 août 2015

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Alice Joisten
Secrétaire de rédaction du MAR


Christian Abry
Senior Éditeur de la collection

Jean-Pierre Laurent,
appelé d’Annecy à Grenoble pour diriger le Musée dauphinois en 1971, partagea les débuts de Charles Joisten, arrivé dans le métier en 1967, après une longue expérience précoce de terrain. Et c’est grâce à lui que Charles put publier dès 1971 la première édition de sa collecte de Contes populaires du Dauphiné (en 2 vol.), entreprise depuis ses 15 ans dans les années 50.

Charles et Jean-Pierre formèrent une équipe extrêmement soudée en ce qui concerne la vie même du Musée. Très souvent, surtout lorsque des expositions étaient programmées, ils poursuivaient jusque tard dans la soirée, dans le bureau de Jean-Pierre, des discussions autour du sujet retenu, Jean-Pierre modelant ses grandes lignes, Charles se proposant de l’inscrire dans la société traditionnelle qu’il connaissait si bien (comme pour Enfants des montagnes ou Les Colporteurs de l’Oisans).
En 1973, Charles fonda la revue internationale d’ethnologie, Le Monde alpin et rhodanien (MAR), puis le Centre alpin et rhodanien d’ethnologie (CARE) qui furent hébergés par le Musée et, en 1981, après la disparition prématurée de Charles, Jean-Pierre devint le secrétaire général du CARE. Au fil des ans des liens de plus en plus étroits aboutirent à faire actuellement de la collection du MAR (1973-2014) une publication à part entière du Musée.

Après 1981, Alice Joisten continua avec Christian Abry de diriger la revue, avec le soutien irremplaçable du Musée et la présence de collaborateurs de disciplines sœurs de l’ethnologie que Charles avait su réunir, ou qui vinrent se joindre à nous.
Dans cette période difficile de transition, Christian Abry se souvient du soutien de Jean-Pierre Laurent qui lui fournit, entre autres, un répertoire de bonnes adresses si important qu’il dut s’acheter son premier agenda « digne de ce nom ». Ils rencontrèrent ensemble sur l’avenir du MAR un émissaire de la Mission du patrimoine ethnologique. Alice et Christian se souviennent encore de ses conseils pour la conception des premières de couverture de la revue. Un jour que nous avions envisagé un paysage, il nous dit : « Faut des gens ! ». Ainsi le n° 2-3 1985 donne en couverture la photo d’une coutume de mariage en Isère, avec « le baptême de la poupée » sur les genoux de ses parents spirituels (c’était la même année que le premier procès sur l’ « image de la personne » en ethnologie de la parenté bretonne).
Parmi les grands de la muséologie française qu’il nous fit rencontrer, Christian Abry garde le souvenir d’avoir été invité par Jean-Pierre Laurent à l’Hôtel Lesdiguières avec Georges Henri Rivière, un souvenir inoubliable par les confidences sur la longue durée du fondateur du Musée national des Arts et Traditions populaires. Des contacts que nous eûmes sur ses expositions, il sut faire éprouver à Christian Abry un véritable plaisir quand ce dernier cherchait à l’ « épater » par un objet rare et chargé de style et de sens, comme la colombe aux ailes clivées de la vallée d’Abondance (à l’extrémité d’une aire européenne depuis la Russie) ; ou le bâton de la Garde du Feu pendant la messe dominicale du hameau de Passy à Sixt-Fer-à-Cheval, (cas unique en France, par rapport aux divers usages des « tailles », avec marques de famille, rencontrées aussi dans le Valais voisin).

Peu connue est l’action Jean-Pierre, d’abord à Grenoble, puis sur Lyon, pour éviter que la création de l’AFA (Association française des Anthropologues), promue par plusieurs chercheurs dont le terrain fut celui des colonies, empêche selon leur volonté déclarée, celle de l’ARA que nous avions proposée et au final réussie depuis 1983 dans le cadre de Rhône-Alpes.

Lorsqu’il quitta le musée en 1986, il avait mis en place dès 1981, pour remplacer Charles et un autre poste vacant, une succession qu’il nous avait présentée comme « le choix du roi » : Jean-Claude Duclos et Jean Guibal, venus de deux héritages du MNATP différents, respectivement celui de G. H. R. et de son remplaçant Jean Cuisenier. Ce choix s’est révélé pour le CARE et le MAR parfaitement synergique, aboutissant entre autres aux appuis de Glénat pour la réédition des Contes du Dauphiné (t. 1 et t. 2), avec des compléments et une synthèse (t. 3), et un volume de Contes de Savoie. Enfin par l’investissement soutenu du Musée pour la sortie des 5 gros volumes d’enquêtes sur les êtres fantastiques en Savoie et Dauphiné (2005-2010). Ainsi les successeurs de Jean-Pierre Laurent auront su, comme il l’avait initié, continuer la publication des trois piliers de l’œuvre de Charles – contes, récits de croyances et revue – qui sont devenus maintenant dans leur plus grande partie largement accessibles.


François Hubert
Directeur du Musée d’Aquitaine
Bordeaux

Le tribulum

En 1980, l’année du patrimoine qui rencontra l’engouement du public donna naissance à la « Mission du patrimoine ethnologique ». Elle organisa de nombreux stages qui permirent enfin aux responsables des musées d’ethno de se réunir, d’échanger et de progresser ensemble.
Le Musée dauphinois est très vite devenu le lieu privilégié de ces rencontres.
 Nous qui étions les héritiers de Georges Henri Rivière nous frottions désormais à la muséologie de son « fils rebelle», Jean-Pierre Laurent.

J’ai appris son décès alors que je lisais le livre de Noémie Drouguet (Le musée de société, Armand Colin, 2015) qui écrit à juste titre : « l’apport essentiel de Laurent, c’est l’affirmation du rôle du projet culturel et social du musée primant sur le rôle conservatoire et scientifique, à l’inverse de l’exemple donné par les ATP » (p.77). Jean-Pierre Laurent est effectivement celui qui a offert à notre génération une vision nouvelle du musée  dont sont issues  les notions de nouvelle muséologie, de musée de société et de musée de civilisation.

Et puis, à nous qui pensions jusque là qu’une exposition était un livre déployé sur un mur, il nous a démontré au contraire que le rapport à l’objet faisait intervenir tous les sens, qu’il était affectif autant qu’intellectuel, qu’il relevait de l’expérience vécu et de l’émotion. Les muséographies qu’il a inventées avec entre autre « les Chartreux » ou le « roman des Grenoblois » marquent un tournant fondateur de la mise en exposition.  Comme nous n’avions pas tous sa créativité, nous avons dû faire émerger un nouveau métier, celui de muséographe ou de scénographe, qui est aujourd’hui l’un de ses héritages très concret.

Avec le recul, il me semble donc que Jean-Pierre Laurent qui n’avait rien d’un théoricien a pourtant initié une double révolution : celle de la muséologie et celle de la muséographie.

A l’image de ses créations, il était un homme généreux. Un soir que j’étais seul à Grenoble, il m’avait invité à dîner chez lui. J’avais été impressionné par ce grand salon chaleureux qui dominait les lumières de la ville.
Un objet posé au mur comme un tableau me fascinait. C’était un traineau à dépiquer ou tribulum utilisé traditionnellement dans les pays du bassin méditerranéen. Je connaissais ce type d’objet, mais accroché au mur du salon, sa forme et les jeux de couleur entre les pierres de silex acérées et les reflets ocres du bois en faisaient une œuvre magique.
Je n’ai jamais oublié ce tribulum, qui a toujours symbolisé pour moi ce génie de Jean-Pierre Laurent qui transfigurait le moindre objet utilitaire en parcelle d’humanité.





Brigitte Riboreau
Directeur du Musée de Bourgoin-Jallieu

Alors stagiaire au Musée dauphinois en 1983 ou 1984, je me trouvais face à un grand monsieur un peu intimidant, au regard perçant, à la voix reconnaissable entre toutes et à la crinière de lion. Il a marqué par sa personnalité et au travers de cette institution qu'il dirigeait, entouré d'une équipe qui a su poursuivre son œuvre tout en la faisant évoluer, l'étudiante que j'étais alors et qui aspirait au métier de conservateur.

Mon regard sur les musées s'est trouvé bousculé par ces expositions qui ont marqué l'histoire du Musée dauphinois tels Gens de là-haut, Le roman des Grenoblois, Le désert et le monde : l'ordre des chartreux.... Ses scénographies donnaient à voir et à connaitre mais aussi à « rendre sensible » plaçant l'homme et l'aventure humaine au centre et rendant intelligible à tous les sujets les plus ardus. Le public était également au centre de ses préoccupations.

Il a largement contribué à l'orientation de mes choix professionnels et reste encore aujourd'hui une référence.

Merci Monsieur Laurent !

 

   

André Desvallées

Ancien conservateur
au Musée national
des Arts et Traditions populaires

Que l'on soit à Grenoble ou ailleurs, on n'est pas près de t'oublier, Jean-Pierre !

Comment ne pas garder présents le souvenir cette sensibilité dans tes œuvres et partout ta chaleur humaine ?
Tu fus mal perçu parfois dans ton milieu. C'est que tu étais en avance ! Et les reproches à te faire n'étaient rien à côté de ce que tu apportais du fait de cette avance sur tes pairs.
Tu nous fis rêver et tu nous fis penser, parce que tu avais à dire. Et c'est au moyen de toutes ces choses qui encombraient tes réserves que tu nous le disais, dans ce langage que tu as su renouveler pour le rendre accessible à tous.

Merci Jean-Pierre et à bientôt toujours !

 

   

actumontagne.com
Article paru le 30 juillet 2015

Décès de Jean-Pierre Laurent,
conservateur emblématique du Musée dauphinois

Jean Guibal, directeur du Musée dauphinois, annonce la disparition de l'un des anciens conservateurs de cette institution culturelle grenobloise, Jean-Pierre Laurent, décédé le 28 juillet à l'âge de 88 ans. Il l'a dirigée de 1971 à 1986 lui donnant selon, les mots du conservateur en chef du patrimoine de l'Isère, "tous les caractères qui la singularisent aujourd'hui encore dans le paysage des musées français". Dans le sillage d'Hippolyte Müller, fondateur du musée, Jean-Pierre Laurent a su, dans les années 70, transformer ce musée, en musée de société, dédié à la mémoire collective. Il en a pris la direction alors qu'il vient tout juste de s'installer dans les murs de l'ancien couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut. Jean-Pierre Laurent sera l'un des premiers à introduire la scénographie d'exposition, dont il assure lui-même la conception et la réalisation. "C'est la fin des alignements de vitrines et des accumulations d'objets, c'est un éclairage travaillé, mais c'est surtout l'introduction d'une sensibilité nouvelle pour tenter de toucher, d'émouvoir, le visiteur", analyse Jean Guibal. Parmi les expositions marquantes que Jean-Pierre Laurent a conçues : Enfants des montagnes, le désert et le monde : l'ordre des chartreux, le roman des Grenoblois, ou Gens de là-haut.

Un hommage lui sera rendu le mardi 4 août à 13h45 au Centre funéraire de La Tronche (avenue du Grand-Sablon) avant son incinération dans l'intimité familiale.

   

Dauphiné libéré
Article paru le 31 juillet 2015

Jean-Pierre Laurent,
ancien directeur du Musée dauphinois

Directeur du Musée Dauphinois de1971 à 1986, Jean-Pierre Laurent s'est éteint à Grenoble ce 28 juillet 2015, à l'âge de 88 ans.

Pour son successeur, Jean Guibal, « il lui avait donné tous les caractères qui (le) singularisent aujourd'hui encore dans le paysage des musées français ».

Et de développer : « Il n'est pas exagéré de dire que le Musée dauphinois a eu deux fondateurs : Hippolythe Müller, en 1906 ; et au début des années 1970, Jean-Pierre Laurent, qui devait transformer en profondeur ce musée et influer sur les principes mêmes de la muséologie contemporaine ».

C'est Bernard Gilman, alors adjoint à la culture dans la municipalité Dubedout, qui convainc Jean-Pierre Laurent de quitter le Musée-Château d'Annecy pour prendre la direction du Musée dauphinois, récemment installé dans l'ancien couvent de Sainte-Marie d'en- Haut.

S'inspirant du théâtre et de l'expérience de Georges Henri Rivière, le fondateur du Musée national des Arts et Traditions populaires, Jean-Pierre Laurent devait être l'un des premiers à introduire la scénographie d'exposition, dont il assurait lui-même la conception et la réalisation.

C'est la fin des alignements de vitrines et des accumulations d'objets, c'est un éclairage travaillé, mais c'est surtout l'introduction d'une sensibilité nouvelle pour tenter de toucher, d'émouvoir, le visiteur.

« L'objectif est bien de transmettre au mieux le témoignage que véhiculent les collections, mais aussi d'inviter le public à comprendre et partager les valeurs de la société traditionnelle et de mieux réfléchir à sa propre condition », analyse Jean Guibal.

C'est la naissance du musée que l'on dira bientôt "de société", dont il portera longtemps les principes jusque dans "l'expérimentation sociale".

Quelques grandes expositions réalisées par Jean-Pierre Laurent sont restées dans les mémoires comme Enfants des montagnes, Les colporteurs fleuristes de l'Oisans, La main du gantier, Le désert et le monde : l'ordre des chartreux, Le Roman des Grenoblois, Gens de là-haut et caetera.

Un hommage lui sera rendu le mardi 4 août à 13 h 45 au Centre funéraire de La Tronche (avenue du Grand- Sablon). L'incinération suivra, dans l'intimité familiale, tandis que ses amis et anciens collègues sont invités à se retrouver au Musée dauphinois pour une collation et un moment d'échanges à sa mémoire.

Le Musée dauphinois a publié en 2008 un ouvrage d'entretiens de Jean-Pierre Laurent avecMireille Gansel Et l'homme se retrouve. Cheminements muséographiques, 136 pages.

   

Anne-Marie Granet-Abisset

Maître de conférences d'histoire contemporaine à l'université de Grenoble

L'annonce de la mort de Jean Pierre Laurent m'a fait un choc, tant on pense les gens éternels. Mais j'imagine que pour vous il en va bien autrement, vous si proches de lui, ses héritiers au sens plein du terme.

C'est bien un temps de l'histoire du musée qui se marque même si dans sa belle tradition, tout ce qui en fait son âme reste relié à ceux qui précèdent et à ceux qui suivront pour que "la vie continue".

Je me souviens de ma première rencontre avec Jean Pierre Laurent, dans son bureau, lors de la préparation de l'exposition Retour en Queyras lors d'une réunion de l'équipe où autour de lui, bel acteur au sens propre et figuré de la scène, les idées se construisaient. J'étais impressionnée et dans mon fors intérieur, fascinée. Cet étonnement admiratif je l'ai toujours gardé pour son imagination et son inventivité humaine, à chaque fois renouvelées, qui stimulaient les bonnes questions pour la recherche sur les sociétés, notamment celles de montagne. Je me souviens de sa lecture du paysage de Saint-Véran, de la pente, pour un projet d'exposition dont malheureusement le Parc n'a pas voulu. Je me souviens de sa voix.

J'imagine aujourd'hui votre immense peine que je partage comme j'aurai aimé partager avec vous ce moment d'amitié aujourd'hui mais je suis loin de Grenoble.

Je pense aussi à Annie Bosso que je continue à associer. Je pense à ce tissu d'amitié qui s'est noué autour de mes premières rencontres avec vous et c'est pour cela que je vous fais ce mail commun.

Avec ma plus fidèle et vieille amitié et très près de vous.

   

Dauphiné Libéré
carnet de deuil Annecy
Article paru le 2 août 2015

Jean-Pierre Laurent, ancien conservateur du Musée- Château d'Annecy, est décédé à l'âge de 88 ans. Il fut dans les années 50 et 60 l'une des personnalités majeures de l'histoire culturelle d'Annecy. Conservateur avantgardiste, il a renouvelé la conception des musées et a beaucoup apporté tant à Annecy qu'à Grenoble. Il a été une référence pour beaucoup de conservateurs de musées.

Jean-Pierre Laurent a été nommé à 23 ans à Annecy en 1952, au moment de l'incendie du château puis de son rachat en 1953 par la Ville. En étroite collaboration avec Georges Grandchamp, il va s'atteler à une importante campagne de travaux de restauration du château, y transférant progressivement les collections du musée alors installées au dernier étage de l'hôtel de ville.Pendant vingt ans, il y organisera des expositions sur des périodes et des thématiques très diverses, en alternant habilement chefs d'oeuvre de l'art classique et grands courants artistiques internationaux des XKeet XXe siècles. Son intérêt pour l'ethnographie de la Savoie et ses représentations se lisent à travers ses acquisitions: la collection s'enrichit durant cette période de quelque 800 objets, résultats concrets d'association entre recherche, enquêtes ethnographiques et collectes qui traduisent ses liens avec Georges-Henri Rivière et le Musée National des Arts et Traditions Populaires-L'art contemporain fait une entrée discrète dans les collections en 1969 par le biais de la lithographie. Le public est sa priorité: Jean-Pierre Laurent ouvre la grande salle et la cour à des concerts et spectacles de théâtre. C'est lui qui accueille notamment, de 1954 à 1956, les Nuits théâtrales avec Gabriel Monnet.

II deviendra ensuite le conservateur du Musée Dauphinois à Grenoble de 1971 à 1986, où il fut là aussi un conservateur particulièrement créatif, à l'initiative de nombreuses expositions ayant marqué la vie culturelle grenobloise. Ses amis et anciens collègues sont invités à se retrouver au Musée dauphinois de Grenoble pour un moment d'échanges à sa mémoire le mardi 4 août à ISheures. Le Musée-Château d'Annecy lui rendra également hommage en septembre lors d'un temps de commémoration ouvert à tous.

 

   

Michel HUE

Conservateur du Patrimoine
Directeur de la Conservation Départementale du Patrimoine et des Musées
Abbaye de Flaran,Valence-Sur-Baïse

Je viens d'apprendre avec un peu de retard la triste nouvelle et la cérémonie à Grenoble à laquelle je ne pourrai, malheureusement, participer. Merci de m'en excuser.

Comme d'autres j'avais eu la chance d'un stage au Musée Dauphinois en tant qu'étudiant en histoire des Arts puis en tant que Conservateur stagiaire et la confirmation d'une vocation sous l'égide de cet « homme des bois » rude, cela est certain, mais si attachant ...

... Il me revient alors ces périodes d'ébullition du monde muséal, les fameux stages en « Muséologie sociale » et autres « Nouvelle muséologie » (dont le MD conserve photos et enregistrements), pour le coup laboratoires, brassages d'idées et questionnements innovants sur le métier que l'on peut voir encore resurgir lors de tel ou tel colloque ou journées de la profession ... des décennies après !

Enfin, Conservateur en recherche de poste, de retour des sempiternels jury à travers la France, à 7h00 du matin sur les marches de la gare de Grenoble, une nouvelle rencontre et la proposition de « venir le voir pour travailler avec ‘nous'» et l'équipe formidable du Musée Dauphinois/Conservation de l'Isère

Amitiés à Jean Guibal et à toute l'équipe, avec émotion... Une page se tourne..


   
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Hommage à Jean-Pierre Laurent
Si vous souhaitez faire-part d'un témoignage personnel, ou d'un simple hommage à la mémoire de Jean-Pierre Laurent, n'hésitez pas à nous adresser vos textes, que nous publierons sur le site Internet du Musée dauphinois.

 

Ecrivez nous à l'adresse suivante :

musee.dauphinois@cg38.fr

 

Les premiers témoignages
sont publiés ci-dessous.