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Premières couleurs. La photographie autochrome

Village alpin, autochrome, auteur et date inconnus. Coll. Privée

L’exposition

Aiguille du Plat de la Selle Oisans, 1910-1914. Autochrome stéréoscopique 6 x 13 cm. Coll. Henri Bussillet. Musée dauphinois (inv. SC2011.1.53)Aiguille du Plat de la Selle Oisans, 1910-1914. Autochrome stéréoscopique 6 x 13 cm. Coll. Henri Bussillet. Musée dauphinois (inv. SC2011.1.53)


En 1907 les frères Auguste et Louis Lumière commercialisent l'Autochrome, nouveau procédé industriel qui permet de fixer les couleurs sur les photographies. Cette technique, utilisée partout dans le monde pendant une trentaine d'années, révolutionne la pratique photographique. En Isère aussi, les photographes amateurs s'emparent de ce procédé qui leur permet de restituer la splendeur de la nature domestiquée ou sauvage et la grandeur de la montagne.
L'exposition présente pour la première fois et dans son intégralité la collection d'autochromes du Musée dauphinois. Trois cent huit clichés produits par des férus d'images et de nature ! Le charme et la poésie qui se dégagent de ces photographies opèrent immédiatement. Au sortir de l'exposition, le visiteur s'extrait de l'écrin d'une nature sublimée par les couleurs de l'autochrome.

 

Femme au chapeau. Autochrome 13 x 6 cm. Coll. Auteur Anonyme. Musée dauphinois, fonds Bernardin (inv. PC2013.1.1)Femme au chapeau. Autochrome 13 x 6 cm. Coll. Auteur Anonyme. Musée dauphinois, fonds Bernardin (inv. PC2013.1.1)

Le couloir sombre par lequel on pénètre dans l'exposition symbolise le monde photographié avant l'invention de la couleur. Ce voile noir jeté sur le monde, selon l'expression des frères Lumière, est vite levé. Le visiteur découvre alors six plaques autochromes originales éclairées par une lumière inactinique rouge représentant une femme au chapeau, un homme en tenue de militaire, des massifs montagneux, un jardin.

Gabriel Veyre (Septème, Isère 1871 - Casablanca, Maroc 1903), opérateur des Frères Lumière - Coll. privéeGabriel Veyre (Septème, Isère 1871 - Casablanca, Maroc 1903), opérateur des Frères Lumière - Coll. privée


Dans la première séquence intitulée Les fous de couleurs, on apprend que le regard des premiers autochromistes s'est intéressé aux lointaines colonies comme aux proches contrées. De nombreux reportages photographiques témoignent en effet des activités humaines de cette époque sur tous les continents. Ainsi Les archives de la planète, commandées par Albert Kahn (et actuellement conservées au Musée Albert Kahn dans les Haut-de-Seine) illustrent cette volonté de connaître les modes de vie des populations étrangères. Les Alpes font également l'objet de documentaires photographiques pour accompagner l'expansion du tourisme de montagne. Autant d'occasion pour prendre des instantanés des paysages rêvés !


Insigne de la Société dauphinoise d’amateurs photographes (SDAP). Coll. Musée dauphinois. (inv.20.28.45)Insigne de la Société dauphinoise d’amateurs photographes (SDAP). Coll. Musée dauphinois. (inv.20.28.45)

Organisés en sociétés de photographes amateurs, comme la SDAP (Société dauphinoise d'amateurs photographes), ces chasseurs d'images partagent une même passion pour le motif et pour la technique. Des séances de projection sont d'ailleurs régulièrement programmées pour apprécier entre soi et commenter leurs clichés inédits. L'exposition présente quelques appareils photos, des publicités qui en font la promotion, des lanternes de projection, un insigne d'appartenance à la SDAP, plusieurs clichés monochromes qui mémorisent les sorties des photographes.

 

Boîte de quatre plaques autochromes. Coll. Musée dauphinoisBoîte de quatre plaques autochromes. Coll. Musée dauphinois

L'autochrome, une invention des frères Lumière

En 1903, les frères Lumière déposent le brevet d'un nouveau procédé permettant la capture photographique des couleurs : l'autochrome. La réussite de leur invention tient au recours à la fécule de pomme de terre, constituée de grains microscopiques. Ces grains, teintés de rouge, de vert et de bleu appliqués sur l'émulsion, font office de filtre coloré permettant de fixer toute la gamme chromatique. Cette technique est basée sur le principe de la trichromie et de la synthèse additive des couleurs, déjà expérimentés en 1869 par Louis Ducos du Hauron.  L'engouement des photographes pour l'autochrome est immédiat !

Pour illustrer cette séquence, sont présentées dans l'exposition la photographie de l'usine de Montplaisir des frères Lumière à Lyon ; une boîte originale de plaques autochromes ; une démonstration de la synthèse additive des couleurs par la projection des trois faisceaux colorés.

Le visiteur expérimente ensuite, à l'instar du photon, la traversée du filtre trichrome dans un « couloir d'argent ».

 

Le petit pavillon et le platane vus de l’ouest, Corenc. Autochrome stéréoscopique, sans date. Jules Flandrin Coll. Musée dauphinois (inv. SC2015.1.1)Le petit pavillon et le platane vus de l’ouest, Corenc. Autochrome stéréoscopique, sans date. Jules Flandrin Coll. Musée dauphinois (inv. SC2015.1.1)

Dans la seconde salle, le visiteur rencontre plusieurs autochromistes inspirés par les paysages isérois. Ainsi, le célèbre peintre Jules Flandrin croise fréquemment les deux expressions artistiques, ses photographies sont sources d'inspiration de ses toiles. Un de ses tableaux, intitulé Paysage du Dauphiné, prêté par le Musée de Bourgoin-Jallieu, dialogue avec une de ses autochromes aux compositions et aux couleurs similaires.

Cette double approche pose la question de la relation entre la peinture et la photographie. Et d'ailleurs, le débat est souvent relancé : « La photographie est-elle un art » ? Et les photographes ne seraient-ils que des peintres à la machine ? Les natures mortes et les scènes bucoliques comme les Myosotis nains d'Henri Bussillet présentées dans ce module, ne prouvent-elles pas au contraire la sensibilité artistique du photographe par le choix qu'il fait des couleurs, des lumières et des cadrages ?

L’aiguille de Lauranoure vallée du Vénéon, Oisans, 1910-1914. Autochrome stéréoscopique 6 x 13 cm. Henri Bussillet Coll. Musée dauphinois (inv. SC2011.1.4)L’aiguille de Lauranoure vallée du Vénéon, Oisans, 1910-1914. Autochrome stéréoscopique 6 x 13 cm. Henri Bussillet Coll. Musée dauphinois (inv. SC2011.1.4)


Alpiniste et photographe amateur, Henri Bussillet découvre la vallée du Vénéon et Saint-Christophe-en-Oisans en 1904. Ses liens d'amitié avec Auguste Lumière facilitent sa passion de la photographie. Les plaques autochromes offertes par son ami lui permettent de saisir en couleur la montagne, qu'il montre essentiellement déserte et grandiose. Seul son guide Joseph Turc est immortalisé dans un magnifique portrait autochrome. Si ses photographies taisent l'attachement d'Henri Bussillet aux habitants de la vallée, les deux ouvrages présentés dans l'exposition, L'Alpinisme à la Belle Époque et Contes de Grenoble, témoignent de l'affection qu'il leur porte.

D'une façon générale, lorsqu'un habitant ou un alpiniste apparaît sur une autochrome, il ne sert qu'à exacerber la puissance de la montagne !

Portrait de Charles Jars, membre de la famille de Fernande Jacques, 5 novembre 1927. Autochrome 10 x 15 cm. Jean Jacques. Coll. Musée dauphinois (inv. EC97.99)Portrait de Charles Jars, membre de la famille de Fernande Jacques, 5 novembre 1927. Autochrome 10 x 15 cm. Jean Jacques. Coll. Musée dauphinois (inv. EC97.99)


Jean Jacques est d'abord un cinéaste averti avant de pratiquer la photographie avec talent. Il réalise cent quarante clichés autochromes de 1925 à 1932. Les difficultés techniques du procédé constituent pour lui un attrait supplémentaire. Il aime expérimenter et améliorer ses clichés comme en témoigne le registre exposé. Héritier du sens esthétique de son père peintre autodidacte, Jean Jacques maîtrise parfaitement l'harmonie des couleurs et l'équilibre des compositions. Amateur de promenades en solitaire, il immortalise souvent une nature déserte.

Le portrait en couleur est plus fréquent chez les autochromistes quand il s'agit de photographier les amis ou la famille. Jean Jacques photographie à de multiples reprises Fernande son épouse et ses proches. Pas d'improvisation ni d'instant pris sur le vif dans ces poses sophistiquées. De toute façon, le temps de pose ne le permet pas.

 

 Portrait d’Élisabeth Buisson Bourgoin, vers 1909-1910. Dioptichrome Dufay 9 x 12 cm. Auteur inconnu. Coll. musée de Bourgoin-Jallieu Portrait d’Élisabeth Buisson Bourgoin, vers 1909-1910. Dioptichrome Dufay 9 x 12 cm. Auteur inconnu. Coll. musée de Bourgoin-Jallieu

De l'autochrome à la pellicule

Par ses innovations permanentes, la société Lumière domine la photographie couleur jusqu'en 1935 environ. Au début des années 1930, les photographes utilisent de plus en plus fréquemment les films souples, au détriment des plaques de verre. Les frères Lumière adaptent alors l'autochrome sur pellicule, commercialisée sous le nom de Filmcolor en 1931 puis Lumicolor en 1935. Cependant, la sortie simultanée des pellicules souples Kodachrome et Agfacolor Neue met un coup d'arrêt à la pratique de l'autochrome. Pour illustrer la séquence, un appareil photographique Kodak Rétinette F, un Dioptichrome Dufay, un Kodakchrome de Gustave Oddoux, Savoyarde en costume traditionnel, sont exposés.