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Voir midi à sa porte - Cadrans solaires de l'Isère

L’exposition

L'exposition est l'occasion de présenter un patrimoine méconnu : les cadrans solaires. Au-delà, le parcours aborde la vaste question du temps qui passe, de sa maîtrise et de son calcul. Chaque civilisation, depuis des millénaires, s'est attachée à se doter de son propre ordre du temps pour organiser sa vie sociale, religieuse, économique. Du calendrier annuel aux moments de la journée, c'est un même rappel aux retours du soleil au midi, son point de culmination dans le ciel et au cycle éternel de l'univers qui est à l'œuvre. En fin d'exposition, une réflexion sur le temps à l'heure de l'horloge atomique, est proposée aux visiteurs.

Le parcours de l'exposition, en trois parties, débute par la présentation des premiers instruments de mesure du temps. La seconde partie, la plus importante, réservée aux cadrans solaires de l'Isère, s'ouvre par l'illustration de deux chefs-d'œuvre que sont les horloges à réflexion de l'Abbaye de Saint-Antoine et du lycée Stendhal à Grenoble. À leurs côtés, l'Atelier Tournesol a construit une méridienne à réflexion pour offrir chaque jour l'heure de midi. Enfin, dans la dernière partie de l'exposition est abordée la question de la précision horaire, consécutive à la Révolution industrielle.

Première partie : les premiers instruments de mesure du temps

Trois instruments insolites de mesure du temps accueillent le visiteur : une canne de berger, simple bâton fiché dans le sol pour déterminer un moment particulier de la journée à partir de son ombre portée ; un cadran solaire portatif égyptien daté de 712-332 avant J.-C., découvert par Jean-François Champollion, emprunté au Musée d'Egyptologie de Turin ; un cadran gallo-romain appelé « scaphé », prêté par la commune de Roussillon, indique douze heures dans la journée, du lever au coucher du soleil, quelle que soit la durée du jour, variable selon les saisons.
 

Peu après sont présentés des cadrans solaires de poche, très prisés jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Plusieurs montres solaires-boussole, quelques montres dites « du berger » étonnent par les nombreux repères de temps gravés sur des boîtiers de petite taille.

 

   

Au centre de cet espace, plusieurs vitrines abritent des cadrans polyédriques (multifaces), qui conjuguent les connaissances mathématiques et la sculpture. Objets de curiosité et éléments de décor, ces cadrans ornent, à partir du XVIIe siècle, les parcs et jardins de châteaux, monastères et demeures bourgeoises.

Leur diffusion est souvent assurée par des moines, bénédictins ou jésuites, férus de mathématiques et d'astronomie.

 

Mais la nuit ou par temps couvert, le cadran solaire n'est d'aucune utilité ! Avec l'apparition des clepsydres et des sabliers, la mesure du temps prend ses distances vis-à-vis de l'astre du jour : l'écoulement contrôlé d'un fluide ou la combustion régulière d'une matière inflammable se substitue à la course de l'astre. Ces « garde-temps » sont précieux et complémentaires : mais la remise à l'heure ne peut se faire qu'au retour du soleil ! Plusieurs horloges à feu, lampes horaires, sabliers, illustrent ce module.

 

 

Cette première partie s'achève sur l'évocation des calendriers, indissociables de la mesure du temps. Tous reposent sur quelques principes simples : repérer les cycles d'un ou deux astres et intégrer les valeurs symboliques d'une communauté. Chaque civilisation a élaboré un calendrier dans lequel s'exprime sa culture.

Et c'est en Isère, à Roussillon, en 1564, que le roi Charles IX signe l'édit par lequel l'année débute le 1er janvier pour toute la France ! En 1622, le pape allait généraliser cette mesure à l'ensemble du monde catholique.

Deuxième partie : les cadrans solaires de l'Isère


Les cadrans à réflexion mesurent le temps grâce à des miroirs posés sur les rebords de fenêtres, la lumière du soleil étant réfléchie sur les murs peints de tracés complexes. Le département de l'Isère a la chance de compter dans son patrimoine deux cadrans à réflexion uniques, protégés au titre des Monuments historiques. Le plus ancien est celui de Saint-Antoine l'Abbaye, créé dans le clocher de l'église de l'abbaye au XVIe siècle par un géomètre antonin, Jean Borrel dit Buteo. Le second, construit en 1673 par le père Bonfa, est situé dans l'ancien collège des Jésuites de Grenoble, actuel lycée Stendhal.

Dans l'espace où sont présentés ces deux chefs-d'œuvre de l'art de la gnomonique, l'Atelier Tournesol a calculé et peint un cadran à réflexion qui donne le midi solaire du musée.

   
Le cadran de l'horloge de l'église abbatiale, à Saint-Antoine l'Abbaye
Dans la tour du clocher de l'église, le cadran peint sur le mur et sur les marches de la cage d'escalier couvre 70 m2. Le soleil est réfléchi sur le cadran composé d'un réseau de lignes horaires noires, jaunes et rouges, complété par les chiffres romains des heures. La couleur noire donne l'heure locale en temps solaire vrai (qui se comptait à partir de midi), la couleur rouge indique l'heure italique (comptée à partir du coucher du soleil) et la couleur jaune précise l'heure babylonique (comptée à partir du lever du soleil). De nombreux autres cadrans complètent cet ensemble solaire complexe. La présence d'un cadran à réflexion dans cet espace exigu, où le soleil perce difficilement, s'explique par la nécessité de régler l'heure d'une horloge qui devait occuper dès le Moyen Âge le mur extérieur du clocher.
   
L'horloge universelle des jésuites, au lycée Stendhal de Grenoble
Ce cadran à réflexion est sans doute l'un des plus complets au monde. Le père Bonfa entreprit en 1673 avec ses élèves la construction de cette gigantesque horloge dans l'escalier de ce qui était le collège des jésuites. Sur cent mètres carrés de fresques, par le jeu de deux miroirs fixés sur l'appui des fenêtres, le reflet du soleil indique les heures solaires locales, babyloniennes, italiques, le calendrier lunaire, l'horloge universelle, les signes du zodiaque... jusqu'aux dates anniversaires des victoires de Louis XIV ! Ce cadran est aussi une œuvre d'art où la composition joue de l'harmonie des couleurs variées et des dessins simples qui s'étalent sur les murs. Les figures des signes du zodiaque composent un bestiaire symbolique. Classé Monument historique en 1920, il a bénéficié d'une restauration picturale en 1987. Puis en 1933, plus de trois cents ans après sa création, l'Atelier Tournesol a installé l'un des miroirs manquant et synchronisé les deux miroirs pour qu'ils donnent à nouveau l'heure solaire vraie avec une précision de l'ordre de la minute.
   
L'Isère voit midi à sa porte
Exposés aux quatre vents comme aux rayons quotidiens du soleil, les cadrans solaires subissent aussi les affres du temps qui passe et de l'homme qui souvent détruit. Par chance, le département de l'Isère en a conservé un nombre important, près de sept cents, recensés en 1998 par l'Atelier Tournesol.
   
Des curiosités scientifiques
Si le cadran vertical est de loin le plus fréquent, d'autres formes existent, tracées sur des portions de sphères (les scaphés), sur des cylindres, des cônes, des polyèdres (les multifaces). Pour indiquer l'heure, ces cadrans utilisent l'azimut du soleil, c'est-à-dire la direction indiquée approximativement par la boussole dans le plan horizontal.
L'Isère détient un grand nombre de cadrans étonnants, révélateurs d'une prouesse scientifique et technique certaine. La plupart furent créés aux XVIIe et XVIIIe siècles, en plein essor de l'astronomie et de la gnomonique.
   
Composition d'un cadran solaire vertical : un film
Un principe simple mais des calculs savants
Chaque cadran est unique, son emplacement est déterminé en fonction de la latitude du lieu d'implantation, de l'orientation par rapport au sud de la façade et de l'inclinaison de la table.
   
Les devises, poésies populaires
Elément majeur du cadran, les devises soulignent la mesure du temps - « Le temps est vieux, l'heure est nouvelle » - et relèvent d'une philosophie et d'une poésie du quotidien dans les sociétés rurales. Elles reflètent l'état d'esprit du propriétaire par le message qu'il souhaite faire partager. En Isère, sur les cent soixante-dix cadrans dont on peut encore lire la devise, la grande majorité est rédigée en latin, les autres en français, plus rarement en langue régionale. Le thème le plus fréquemment évoqué est celui du temps qui passe inexorablement et nous rapproche de la mort - « Elle fuit, hélas » ou « Veillez sur toutes, craignez la dernière ». D'autres encore évoquent le soleil, la religion, jouent avec l'humour et célèbrent la vie. En Isère, quarante-cinq cadrans comportent des devises patriotiques liées à la Révolution et à la République.
   
Les cadraniers, artistes solaires
"Maître cadranyier", "facteur de cadrans", "fabriquant d'horloges solaires" ou "facteur d'instruments de mathématique", le cadranier conjugue les talents de maçon et de fresquiste. Il maîtrise aussi la science du calcul du temps enseignée par les hommes d'Église. Véritable artiste, il enchante les cadrans solaires de couleurs chatoyantes et de décors qui traduisent sa personnalité. En Isère, les plus connus sont Liobard et Pascalis (fin XVIIIe siècle), dont il subsiste le plus grand nombre d'œuvres, mais l'on remarque aussi quelques cadrans signés Clausel et Siland, toujours au XVIIIe siècle et Peclié au début du XIXe siècle.
   
Des oeuvres d'art en péril, à restaurer
Tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle, le cadran solaire devenu inutile souffre de l'oubli ou du désintérêt de certains propriétaires. Démolition ou transformation des bâtiments, ravalement de façade, mauvais entretien, autant de causes qui entrainent la disparition d'un très grand nombre de cadrans solaires.
Mais, comme pour toute œuvre d'art, la restauration d'un cadran est affaire de spécialistes qui sauront consolider le support, retrouver le tracé du cadran et lui rendre ses décors et couleurs d'origine ainsi que sa fonction gnomonique. Il vaut mieux laisser en l'état un cadran dégradé plutôt que lui faire subir des soins inadaptés.

Un cadre photos numériques pour montrer une vingtaine de cadrans restaurés/menacés/détruits.

   
Les aquarelles de Thiébaut Schurch
Artiste peintre alsacien réfugié en Isère dans les années 1913, Thiébaut Schurch a reproduit les croquis et esquisses de cadrans solaires et d'enseignes d'auberges réalisés par César Filhol autour de 1913. Ses aquarelles sont, pour certains cadrans, les seules traces de leur existence passée... Elles témoignent également d'un art populaire alors sur le déclin.
   
Les méridiennes

La méridienne diffère des autres cadrans solaires par sa forme allongée et par le fait qu'elle n'indique que l'heure de midi. À l'origine, elle consistait en une simple ligne verticale qui matérialisait le passage du soleil au méridien à midi vrai. Perfectionnée par l'astronome et mathématicien français Jean-Paul Grandjean de Fouchy vers 1730, sa courbe en huit tracée autour de la ligne horaire de midi permet de lire le midi moyen.

Au XIXe siècle, alors que se développe l'horlogerie mécanique, les méridiennes servent à remettre à l'heure montres et pendules qui se dérèglent facilement. Elles sont nombreuses dans les villes, bien en vue sur les places ou aux carrefours.

Le maître horloger Joseph Chavin, installé au cœur de Grenoble, créa de nombreuses méridiennes, en Isère et au-delà. Il en subsiste en Isère une quinzaine.




Troisième partie : précision et universalité du temps

Le temps des gares

 

Dans les villes, le déclin de la gnomonique commence dans la première moitié du XIXe siècle au profit de la généralisation de l'horloge mécanique. Le temps solaire local est remplacé par un temps moyen.
L'homme du XIXe siècle se détourne du temps utilisé par ses ancêtres, le soleil cesse d'être le repère fondamental de l'heure. Le développement du chemin de fer symbolise l'uniformisation de l'heure à l'échelle du pays, privilégiant l'heure de la capitale. La ponctualité devient progressivement une nécessité.
• En 1891, l'heure du méridien de Paris devient « l'heure officielle de toute la France et de l'Algérie »
• En 1911, elle s'aligne sur l'heure du méridien de Greenwich, référence internationale.
• En 1933 l'horloge parlante est mise en service, référence d'heure unique pour le pays. Puis radio et télévision diffusent des « tops » horaires nationaux.
À partir de 1967, la précision du temps moyen est insuffisante : seconde, minute, heure et jour deviennent des multiples d'une pulsation du césium 133. Le temps est garanti par l'horloge atomique, seul garde-temps précis actuel ! Nous vivons aujourd'hui en Temps universel coordonné, ajusté lorsqu'il s'éloigne trop du temps solaire.

L'exposition s'achève sur plusieurs exemples de cadrans récemment créés, tels celui du campus universitaire dont l'heure est donnée en temps universel sur une sculpture de forme pyramidale.

 

   

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