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LES EXPOSITIONS DU MUSÉE DAUPHINOIS / Caractères d’altitude / Le projet « Portraits de l’Alpe »
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Caractères d’altitude


Cliché extrait du portfolio sonore « Jean-François Bert, professeur des écoles ». Réalisation : Céline Bernard, son et Jean-Pierre Vallorani, photographies, 2013 

Le projet « Portraits de l’Alpe »

L'exposition Caractères d'altitude est le fruit d'une collaboration entre le Musée dauphinois, le Parc national des Écrins et le Centre de l'Oralité alpine (*).Elle est réalisée à partir des enquêtes menées auprès des habitants dans les sept vallées du Parc par des ethnologues et des artistes. À l'initiative de ce projet, Claude Dautrey (**) et Marc Mallen (***) présentent leur démarche et la mise en valeur de leurs « Portraits de l'Alpe » au Musée dauphinois.

Comment est né le projet d'exposition ?
C. D. : Ce projet est né d'abord de notre rencontre, Marc et moi, mais surtout du Parc national des Écrins qui fête cette année ses quarante ans. À cette occasion nous avons participé à l'élaboration d'un numéro spécial de la revue « L'Alpe » pour lequel nous avons rencontré des partenaires sensibles à l'aspect humain du patrimoine. Il y avait donc matière à traiter un sujet original d'exposition.

M. M. : Le contexte aussi est important. Le Parc s'interrogeait sur l'écriture d'une nouvelle Charte qui allait modifier l'institution elle-même. Mais la loi de 1960 relative aux parcs nationaux stipule que les parcs ont un rôle de conservation du caractère du massif sans donner de définition de la notion de caractère. Nous avons voulu creuser cette notion, et plutôt que de la définir nous-mêmes formellement, nous avons décidé de travailler sur une définition commune du caractère du massif, faite par les gens qui y vivent et qui le regardent. Claude a proposé de le faire sous la forme de Petites Œuvres Multimédia (P.O.M), que l'on appelle aussi « portfolios sonores ».

Pourquoi avoir choisi de travailler sur ce media ?
M. M. : Vincent Verrier, dont le travail est présenté dans l'exposition « Caractères d'altitude », a eu le premier l'idée de réaliser Les nouveaux gardiens, un court montage de photos en noir et blanc, accompagné de témoignages oraux collectés par une journaliste-sociologue. Cette première création a d'ailleurs initié une série d'enquêtes intitulée Portraits de l'Alpe. Avec Claude nous avions souvent recours au film pour sensibiliser les publics mais sans y parvenir totalement. La formule des portfolios sonores  était séduisante puisqu'elle laisse le temps de se poser sur l'image, sans altérer l'écoute.

C. D. : Effectivement la vertu des portfolios sonores est de permettre une double écriture : le son et la photographie. Cette double écriture, sonore et d'enchaînements photographiques, laisse la place au débat. Les binômes, photographes/journalistes ou documentaristes, superposent des calques de subjectivité pour former une image composite du « caractère » des Écrins.

M. M. : Le spectateur construit sa propre représentation. En même temps les commentaires sensibles des témoins portent les gens à discuter. Par ailleurs, l'objectif était de constituer un fond d'archives orales dont on puisse se resservir dans l'avenir. Il était donc important que les entretiens soient révélateurs d'une époque pour être constitutifs d'une mémoire commune. Ce que l'on pourrait appeler « un atlas sensible du territoire ». On n'a pas vraiment fait un travail d'ethnographe mais plutôt une enquête humaine, sans interprétation.

Comment avez-vous réalisé ces portraits ?
C. D. : Nous avons procédé en deux temps. Tout d'abord, nous avons recueilli les témoignages de ceux qui, par leur connaissance ou leur pratique du territoire d'altitude, ont une légitimité particulière. Mais ces derniers ont une expérience du territoire des Écrins qui est peu vécue et peu vue, réservée aux montagnards. Or, ce n'est pas le cas de tous, bien au contraire ! Beaucoup vivent dans les Écrins sans jamais les gravir et si on veut parler du caractère des Écrins, on doit parler de la vie de tous les jours. On a donc lancé un appel à témoins dans toutes les communes du territoire. Les habitants devaient répondre à la question : « Comment définiriez-vous le caractère des Écrins ? ». Nous avons reçu plus de 150 contributions !

Comment avez-vous choisi les témoins ?
C. D. : le Parc compte sept secteurs qu'il fallait représenter. L'objectif était de couvrir l'ensemble du massif, soient trois à quatre personnes par vallée. Nous cherchions aussi à montrer tous les panels d'activités sans se limiter aux spécialistes et professionnels de la montagne. Nous voulions entendre ceux que l'on n'écoute jamais : le boulanger, l'instituteur, les ouvriers-paysans, la sage-femme, etc. Nous avons également maintenu un équilibre entre les âges et les sexes.

Quel visage du Parc peut-on dresser à l'écoute des habitants ?
M. M. : Les trente portraits présentés dans l'exposition « Caractères d'altitude » forment un kaléidoscope. Ajouter un autre témoignage modifierait le visage du Parc des Écrins. Le sentiment commun qui s'exprime ici est que le Parc est un refuge, un territoire où l'on se sent protégé. Il n'est pas facile d'y vivre mais tout semble possible...

C. D. : Il ne peut pas y avoir un seul visage, ne serait-ce que par les différences qui existent entre les sept vallées. Et puis, contrairement au Queyras et au Vercors, on ne peut pas traverser le massif. De ce fait, ceux qui vivent en altitude y restent alors que ceux qui vivent en bas passent leur temps à en faire le tour ! C'est ce mélange et cette magie que nous avons voulu rendre sensibles dans l'exposition pour que naisse l'idée commune : « Sommes-nous des Écrins ? Et pourquoi ? ».

Existe-t-il finalement un sentiment d'appartenance au massif des Écrins quand on y habite ?
C. D. : Malgré les actions menées par le Parc national en faveur d'une identité partagée autour des Écrins, nous devons bien admettre que les habitants se reconnaissent d'abord de la vallée qu'ils habitent.

M. M. : Le massif des Écrins est dans une position équivoque : il dessine une frontière entre les deux départements de l'Isère et des Hautes-Alpes, qui gomme son unité géographique. L'exposition au Musée dauphinois est importante, elle est le trait d'union entre les deux régions.

Quel est l'intérêt d'une exposition dans un musée alors qu'aujourd'hui cette forme de documentaire est consultable en ligne ?
M. M. : Nous songeons de toute façon à réaliser un web-documentaire à partir des portfolios sonores. Les internautes peuvent déjà consulter de nombreux reportages sur le site « Pierres qui roulent » [http://www.pierresquiroulent.fr/]. Mais aller au musée est une autre démarche, une découverte en famille, entre amis qui partagent la même curiosité. Il y aussi la puissance du lieu.

Pourquoi avoir choisi le Musée dauphinois ?
M. M. : Pour moi, le Musée dauphinois est précurseur en matière de musée de société et sa renommée dépasse les frontières de l'Isère. De plus il a toujours interrogé les Alpes et la pratique alpine, nous travaillons donc à l'unisson.

C. D. : Pour le Parc, il s'agit d'une consécration. Penser le Musée Dauphinois, c'est parler à Hippolyte Müller, à Jean-Pierre Laurent, à Charles Joisten et à Jean-Claude Duclos. L'exposition trouve ici une dimension culturelle qui donnera de l'épaisseur à notre collecte de témoignages.

(*) Le Centre de l'Oralité alpine relève du Conseil général des Hautes-Alpes.
(**) Claude Dautrey est responsable de la mission culture-éducation au Parc national des Écrins.
(***) Marc Mallen est responsable du Centre de l'Oralité alpine au Conseil général des Hautes-Alpes.

(*) Pascal Perrot, musicien-preneur de son et réalisateur, est lauréat du concours 2010 France Inter des Carnets de voyage sonores.

PIERRES QUI ROULENT

« Pierres qui roulent » est un objet radiophonique vivant créé en commun par le Parc national des Ecrins et le Centre de l'Oralité Alpine.« Pierres qui roulent » propose des documentaires sonores, des reportages, des créations sonores, des bruitages alpins et plonge ainsi l'auditeur dans les massifs d'ici - et parfois d'ailleurs - dans le vécu de ceux qui les découvrent, les parcourent, les habitent, les dessinent, et tout simplement les vivent.
La volonté du Parc national des Ecrins et du Centre de l'Oralité Alpine est de valoriser les enquêtes sonores qu'ils ont réalisées sur ces territoires, et de donner à entendre des voix, des accents, des ambiances et des pensées qui défraient la pente.
« Pierres qui roulent » a été créé avec la complicité et la technicité de ((sonart))

www.pierresquiroulent.fr

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