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Un théâtre d’automates du XVIIIe siècle

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L'automate éléphant

Elephant automate - Collection Musée dauphinois
Elephant automate - Collection Musée dauphinoisElephant automate - Collection Musée dauphinois

Numéro d'inventaire : 76.39.3
Dénomination : Automate : éléphant
Description analytique : Eléphant muni d'un mécanisme sous le ventre. Animal en bois avec oreilles métalliques, trompe en cuir, habillé d'un velours rouge à franges et décoré de dorure. Personnage assis sur son dos, tenant un oiseau et un arc. Fait partie d'une collection de dix automates d'un théâtre de colporteur (76 39 3 à 76 39 12).
Lieu évoqué : Inde
Date : 18e siècle ?
Matière : Bois, Textile mélangé ou indéterminé, Cuir, Métal
Technique : Taillé(e)
Mesures : Poids en g : 3200 g. Longueur en cm : 38. Largeur en cm : 17. Hauteur
en cm : 36
Fonctionnement & contexte : Les mécanismes sont visiblement du XVIIIe siècle (un est peut-être du XVIIe ?). On a retrouvé sur un des mécanismes, un jeton daté de 1791. Par contre, il est fort probable que le colporteur ait fait habiller les automates au XIXe siècle. Les automates ont été restaurés par étapes et par plusieurs spécialistes entre 1983 et 1989.

 

A noter : cet automate est visible au public dans l'exposition temporaire  « Vaucanson et l'homme artificiel » jusqu'au 30 juin 2011.

Les automates de son arrière grand-père saltimbanque : interview de M. P. Jacques par Charles Joisten et Alain Garcin
Son inédit . - Bande magnétique, durée 11 mn 35 s. Numéro d'inventaire : SON76.14.

En images

La Catin : automate de foire

Un théâtre d'automates du XVIIIe siècle au Musée dauphinois

 

Extrait de la publication« Vaucanson et l'homme artificiel - Des automates aux robots »

 

Parmi la diversité des collections liées à la culture matérielle des Alpes que conserve le Musée dauphinois à Grenoble depuis plus d'un siècle, il existe un ensemble d'objets insolite. Il s'agit d'une collection de douze automates représentant une vieille femme, une servante, une jeune fille, une femme noire, une joueuse de vielle, une valseuse, un homme en habit noir et une canne, une femme casquée, un éléphant, un char romain tiré par des lions, un carrosse tiré par des chevaux et un personnage en morceaux. Ces automates appartenaient tous à un colporteur de Saint-Paul sur Ubaye dans les Hautes-Alpes. Transporté au gré des chemins dans deux grosses malles, ce petit théâtre d'automates était présenté sur les places des villages et dans les foires publiques au XIXe siècle et au début du XXe siècle avant d'être acquis en 1976 par Charles Joisten, conservateur spécialiste de la tradition orale et des récits imaginaires dans les Alpes françaises. Malgré le témoignage de l'arrière-petit-fils du colporteur évoquant les tournées que son aïeul effectuait avec un ou deux compères pour exercer son métier de montreur de spectacles en hiver, jusqu'en Russie parfois, et muni de son passeport de saltimbanque, nous ne savons que peu de chose sur l'origine des automates. L'histoire de leur fabrication a disparu avec celui qui en fut l'instigateur, et ce n'est que lors des différentes restaurations dont ils firent l'objet dans les années 1980 qu'ils révélèrent à la fois leur exemplarité et leur intérêt croissant.

Parfois dénommées poupées voire catins dans la tradition des poupées marchantes dont on peut voir un dessin (gravé par madeleine Cochin en 1780) intitulé La charmante Catin, ces figurines sont bien des automates. D'une hauteur d'environ 55 cm, elles sont constitutées d'un corps en bois ne comprenant qu'un buste, une tête et deux bras, dont certaines parties sont évidées pour laisser le passage aux mécanismes d'entraînement. Les têtes, qui effectuent des mouvements de rotation, sont pour la plupart en carton bouilli recouvert de cire peinte pour le visage et portent une perruque, tandis que les mains sont en carton ou en cuir souple. Les costumes dateraient de la fin du XIXe siècle et semblent avoir été changés au fil du temps, comme en témoignent les pièces de tissu et le matériel de couture, contenus dans les malles. Si ces objets ne portent pas de signature qui en aurait permis l'attribution, et malgré plus d'un siècle de réparations nécessaires à leur fonctionnement, on constate beaucoup de ressemblances avec certains automates marchant réalisés par Pierre Gauthier dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, telle la joueuse de madoline (quoique plus petite) conservée au Musée des arts et métiers à Paris. La littérature des années 1960 consacrée aux automates évoque également la mention d'autres créations de cet atelier, dont une Paysanne jouant de la vielle appartenant à la collection Charliat, qui simule le fait de jouer de cet instrument, comme l'un des personnages de la collection du Musée dauphinois.

Parmi les automates fabriqués par Pierre Gauthier de cette même collection, figure un éléphant caparaçonné portant son cornac qui avance en soulevant sa trompe comme celui du Musée daupphinois. Les automates de notre colporteur proviendrait-il de cet atelier ou auraient-ils inspiré leur créateur ? Il est vrai que le thème de l'éléphant, depuis la première horloge hydraulique à l'éléphant réalisée par le savant arabe Al-Jazari, sera l'animal souvent retenu pour la réalisation d'automates. Il sera encore présent bien plus tard, à la fin du XIXe siècle, avec des variantes multiples parmi les différents modèles que propose le  catalogue du célèbre atelier Roullet et Decamps, fondé à Paris en 1867.

Comme les automates de Pierre Gauthier, ceux du Musée dauphinois ne possèdent pas de jambes mais simulent la marche, montent et descendent les bars puis tournent la tête alternativement d'un côté et de l'autre. Grâce à une roue motrice striée et entourée de corde pour l'adhérence au sol, une roue libre et une roulette à l'avant, ils avancent en tournant en rond. Le vêtement dissimule les mécanismes en acier ou en laiton, tandis qu'une fusée* (encore entourée de boyau parfois) rend homogène et constant l'effort qui vient du ressort. Amples jupons et robes masquent bielles, cames et ressorts à barillets... Même si les moteurs subirent des interventions plus ou moins heureuses, tous les spécialistes ayant analysé ces automates confirmèrent au XVIIIe siècle, voire à la fin du XVIIe siècle. Une des roues d'un des automates est constituée d'une pièce de monnaie datant de 1791 !

Ainsi Rémi Royer, restaurateur d'automates et d'horlogerie ancienne à Paris, incite le Musée dauphinois à mettre en valeur cet ensemble, et Olivier Roux qui travaillait avec lui écrit en 1983 : « Mon ami le docteur John Tagger (le plus savant collectionneur de France en pendules à jeux d'orgues et automates) est venu voir vos trésors. Il est tombé en admiration devant ces objets d'une rareté telle qu'il n'en connaît que deux de cette époque. Quand vous saurez que le docteur Tagger possède la plus riche documentation concernant le monde de la musique mécanique et des automates, vous serez comme moi sensible à l'expertise amicale qu'il a faite de ces objets ». Plus récemment, François Junod, sculpteur automatier à Sainte-Croix en Suisse, pense quant à lui que ce sont des objets hybrides, réalisés grâce à des savoir-faire horlogers mais sans machines-outils, et qu'ils constitueraient ainsi une sorte d'automates relevant de l'art brut !

Quelles scènes ont pu interpréter ces personnages artificiels créées pour le plaisir des petits et des grands ? Sans doute figuraient-ils dans des fictions faisant appel à des imaginaires religieux (quoiqu'on n'ait retrouvé ni diable, ni ange...), mythologies ou historiques, ou encore rattachés à la littérature populaire. Avaient-ils des liens les uns avec les autres ? Nul ne peut le dire mais, à l'instar des figures mouvantes des siècles précédents et malgré leur perfectionnment moins élaboré que celui des célèbres horlogers et fabricants d'automates, on imagine comment ces objets mécaniques, aujourd'hui empreints de désuétude, pouvaient susciter fascination, émerveillment ou trouble auprès d'un public peu averti d'un tel simulacre.

Chantal Spillemaecker
conservateur en chef du patrimoine au Musée dauphinois