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Le musée, cent ans d'histoire

Rencontre avec Jean-Pierre Laurent (directeur du Musée dauphinois de 1971 à 1986), 2009

1971 - 1986 : L’homme se retrouve

Les Grenoblois, qui ont eu le loisir de voir et de revoir leur Musée dauphinois depuis son ouverture à Sainte-Marie d'en-Haut, tendent alors à y venir moins nombreux. Ses présentations n'y changent guère en effet et l'envie de revoir ce qu'on a déjà vu, s'étiole peu à peu. Aussi la tâche à laquelle Jean-Pierre Laurent va devoir s'ateler, celle pour laquelle Bernard Gilman, alors Maire-adjoint de Grenoble, chargé des affaires culturelles l'a décidé de quitter Annecy, va être de reconquérir un public et de l'accroître autant qu'il est possible. Ainsi Jean-Pierre Laurent va-t-il - non sans courage car de vives critiques s'expriment - démonter peu à peu les présentations «permanentes» et libérer les quelques 3500 m2 du Musée pour n'y présenter que des expositions temporaires de durée variable. Et c'est alors, grâce au succès des expositions temporaires qu'il réalise que les Grenoblois reprennent nombreux le chemin du Musée dauphinois.

Des expositions qui font date : « Les Colporteurs de l'Oisans », « Lumières et Feux », « La main du Gantier », « Gens de là-haut », « Hache, ébénistes à Grenoble », « Enfants des montagnes », « La mémoire du Queyras », « Le Roman des Grenoblois » ou « Les Chartreux, le désert et le monde » notamment, marquent durablement la mémoire des Grenoblois et contribuent à créer un public fidèle, accoutumé, en revenant au musée, à découvrir une nouvelle exposition au moins.
Comme l'on dirait de Müller qu'il fut un chercheur et un montreur, on pourrait dire de Laurent qu'il fut un montreur d'abord et un chercheur ensuite. Ce qui change, de l'un à l'autre, ce n'est pas la vocation du Musée, qui reste fidèle à la direction dans laquelle Müller l'avait engagée, c'est son public et, par conséquent les restitutions qui lui sont adressées. La mutation qu'avait engagée la ville de Grenoble en 1968 en dotant le Musée dauphinois de spacieux bâtiments et d'une nouvelle équipe, va donner ses pleins résultats grâce à Jean-Pierre Laurent. Ces changements vont avoir sur les collections quatre conséquences majeures :

Une base scientifique élargie, développée par des collaborateurs exceptionnels, tel Michel Colardelle qui organisera et enrichira les collections archéologiques au point d'en faire un secteur à part entière en créant, au voisinage du Musée, le Centre d'archéologie historique des musées de Grenoble et de l'Isère ; tel Charles Joisten dont la réputation, ni des travaux sur la littérature orale des Alpes, ni de la revue «Le monde alpin et rhodanien» qu'il crée en 1973, n'est à faire ; telle encore Annie Bosso qui jusqu'à sa disparition, en 1993, jouera dans l'équipe un rôle capital dans le domaine des acquisitions, du renseignement et de la gestion des collections.

Une extension des collections à l'image et au son. Devenus dès les années 1970, avec Jean-Pierre Laurent, des composantes habituelles du langage muséographique du Musée dauphinois, la photographie et le phonogramme sont dès lors inventoriés au même titre que les objets. La création d'une photothèque et d'une phonothèque va permettre non seulement de conserver et de gérer correctement ces fonds mais aussi de recevoir de nouvelles acquisitions, des dons et des dépôts.

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