Accueil du site
ACCUEIL / Le musée, cent ans d'histoire / 1906-1932 : Hippolyte Müller
Votre barre d'outils Diminuer la taille de la police (petite).Augmenter la taille de la police (grande).Augmenter les contrastes en inversant les couleurs.La mise en forme courante correspond à celle par défaut. Pour imprimer le document, utilisez les fonctionnalités de votre navigateur. Envoyer à un ami

Le musée, cent ans d'histoire

Hippolyte Müller, détail de la plaque commémorative présentée à l'accueil du musée

1906-1932 : Hippolyte Müller

Hippolyte Müller, qui fonde le Musée dauphinois en 1906, le décrit, peu avant sa mort en 1933, comme « Un musée populaire reflétant les coutumes, les mœurs, les usages d'une population particulière et (...) La somme de l'histoire d'une région par l'objet. (...). Enfin précise-t-il, « C'est la montagne qui est chantée sous une forme matérielle, c'est le labeur séculaire de nos ancêtres et c'est bon et beau parce que simple et utile ».

Un autodidacte

Le jeune Hippolyte naît à Gap en 1865 d'un père d'origine alsacienne, Gustave Müller, chef de musique, et d'une mère grenobloise, Françoise Riban, domestique. Sa très mauvaise santé ainsi que les revenus modestes de ses parents ne lui permettent pas de fréquenter longtemps l'école. Dès l'âge de 14 ans, il est placé en apprentissage chez un artisan bijoutier grenoblois. D'abord assez maladroit, confie-t-il, il progresse, apprend à graver, à sertir, à fabriquer des poinçons et des matrices en acier et devient ouvrier bijoutier à l'âge de17 ans. Mais ce métier ne satisfait pas son insatiable besoin de savoir. Car tout le passionne et principalement la préhistoire, la numismatique et la géologie. Il lit quantités d'ouvrages, collectionne des monnaies, des roches, des timbres, suit des cours du soir et rêve de voyages et d'aventures. Multipliant les sorties en montagne, il effectue aussi des fouilles et notamment en Vercors où, à l'âge de dix-sept ans, il découvre et sait identifier avec méthode le site néolithique des Balmes de Fontaine.

Un préhistorien et un scientifique reconnu

La première chance d'Hippolyte Müller est d'obtenir, à 19 ans, deux mois de vacations au Muséum d'histoire naturelle de Grenoble pour préparer notamment la visite du prochain congrès de l'AFAS (Association française pour l'avancement des sciences). Cet emploi temporaire lui permettra de rencontrer notamment Ernest Chantre, le père de l'anthropologie physique, avec lequel il ne cessera de correspondre et bientôt de fouiller. Ainsi, du 12 au 20 août 1895, le jeune Müller assiste, conquis, aux séances de la 11e section du congrès de l'AFAS, celle de la préhistoire où il entend les meilleurs spécialistes (Gabriel de Mortillet, de Nadaillac, Cartailhac de Toulouse et Philippe Salmon...) et leur présente, dans la première exposition de sa vie, un ensemble d'objets préhistoriques. Là, Müller prend conscience que la seule activité qui puisse lui convenir est de travailler dans un musée. « Guide ou préparateur, peu importe » écrit-il.


Sa deuxième chance est d'être remarqué et pris en amitié par le docteur Bordier. Personnage influent, professeur de médecine et franc-maçon, le Dr Bordier propose au jeune Müller d'animer la nouvelle Société dauphinoise d'ethnologie et d'anthropologie qu'il vient de créer et lui offre le poste de bibliothécaire de l'Ecole de médecine dont il est directeur. C'est là que Müller devient le préhistorien, l'archéologue, le conférencier et surtout l'extraordinaire animateur dont chacun apprécie l'érudition, le talent et la générosité. C'est là aussi, dans les greniers de l'Ecole, qu'il emmagasine peu à peu le produit des fouilles et des collectes qu'il multiplie. L'autodidacte a déjà fait preuve, nous l'avons vu, d'un goût prononcé pour l'archéologie préhistorique. Il en deviendra l'un des grands spécialistes de son temps, correspondant avec Mortillet, l'abbé Breuil, Chantre, Déchelette, Formigé, l'abbé Guillaume... Mais comme d'autres, en cette époque où les sciences humaines commencent tout juste à se démarquer et où les frontières entre les disciplines restent imprécises, sa curiosité demeure éclectique : tout l'intéresse. Aussi sa pensée est-elle interdisciplinaire : « Je place au premier rang tout le cortège des sciences naturelles, botanique, géologie, ornithologie, entomologie, etc., mais je fais passer en tête de tout cela l'anthropologie, la préhistoire et l'ethnographie », écrit-il en 1908.

Athée et rationaliste, Müller ne croit que ce qu'il voit, qu'il peut mesurer, avérer ou prouver. « Toutes les théories ne peuvent valoir l'expérimentation. (...), précise-t-il. « Il faut souhaiter le classement méthodique de tous les gestes humains commandés par la nécessité, la lutte pour la vie (...) Il faut aussi une classification dont les expressions soient pour ainsi dire mathématiquement exprimables. (...) Observer, expérimenter, décrire ensuite ! » Müller multipliera les expérimentations, par exemple en dépeçant des marmottes pour observer les traces que laissent sur leur os le tranchant du silex, en frappant des monnaies gauloises pour attester leur procédé de fabrication ou reconstituant certains alliages. Si la préhistoire l'intéresse autant et deviendra vite sa discipline de prédilection, c'est parce que c'est parce qu'il faut toujours, dit-il, remonter aux origines pour savoir qui nous sommes : « On peut dire que depuis 4 000 ans, toutes les Alpes en dessous de 3 000 m sont connues et parcourues. (...) Nous foulons les traces de légions d'ancêtres, leur souvenir nous accompagne, leur gestes ont préparés nos temps actuels. Nous sommes ce qu'ils nous ont fait » écrit-il en 1923.

 

Un ethnographe précurseur

Dans un texte manuscrit, daté de 1904, Müller tient les propos suivants : « (...) Il faut faire de l'ethnographie - soulignons que partout ailleurs, à cette époque, on parle plus fréquemment de folklore - et j'ajoute alpine, parce qu'il faut la faire chez nous, dans nos Alpes. (...) Cet homme heureux - ainsi qualifie-t-il l'ethnologue -, sur le simple examen d'une arme, d'un outil, d'un monument peut évoquer la pensée qui a créé l'objet qu'il étudie, il en comprend les raisons qui échappent à la foule, il scrute l'âme de l'architecte d'une cathédrale comme celle de la tribu qui a élevé un dolmen et l'a peuplé de ses guerriers défunts. En s'aidant des travaux d'autres chercheurs, il pourra faire ressortir dans telle ou telle province, une unité artistique, un ensemble industriel, un groupement de faits moraux, intellectuels, des mœurs, des coutumes propres à certaines de ces provinces. Cette étude et celle de la race pour toutes les époques préhistoriques lui permettront alors de composer un tout, grâce auquel, par les faits, les idées recueillies, il pourra relier les premiers occupants d'un pays à ceux qui l'habitent encore. Notre chercheur pourra ainsi établir les origines de cette race, ses mélanges, ses aspirations, son originalité et alors, il n'y aura plus d'historiens romantiques, aussi inexacts que fantaisistes. L'histoire vraie de la vie de nos ancêtres à toutes les époques est bien autrement suggestive que le plus beau roman parce que c'est vrai et que c'est la vie. » Même si ce texte date par le style et la référence à la notion de race, on peut s'étonner en revanche de la modernité de cette réflexion, surtout quand Müller évoque « la pensée qui a créé l'objet » ou qu'il insiste sur l'importance de la chronologie. Le mot identité ne pouvait certes apparaître sous sa plume, surtout dans son acception d'aujourd'hui, mais convenons que tout ici le suggère. De l'ethnographie à l'exposition et au musée, il n'y a qu'un pas que Müller franchit allègrement.

Un homme de musée

En août 1904, tandis que le congrès de l'AFAS choisit à nouveau de se réunir à Grenoble, le Dr Bordier autorise Müller à présenter une nouvelle exposition à l'Ecole de Médecine. Il y rassemble les découvertes archéologiques, principalement préhistoriques, d'une cinquantaine de collectionneurs et y ajoute ce qu'il appelle « un commencement de musée ethnographique alpin (...) renfermant des objets en fer, en bois, en cuivre, ramassés dans nos montagnes et dont les séries, quoique bien incomplètes, permettront l'organisation future d'un musée local, lequel sera un grand enseignement sur l'art, les mœurs et les coutumes de nos ancêtres montagnards. » Toujours en 1904, dans le texte que nous citions plus haut, Müller précise son intention : «Mon but est bien simple. (...) En rassemblant les matériaux pouvant servir à créer un musée ethnographique alpin, on sauvera, s'il est temps encore, les expressions matérielles de toutes les manifestations de l'activité et de l'intellect de nos pères, en même temps qu'on réunira les éléments pouvant servir à écrire leur histoire industrielle, scientifique et artistique. (...) On a chanté la montagne depuis quelques trente ans, sur tous les tons et à tous les échos, personne n'a chanté le montagnard; si on a célébré ses mérites et ses vertus, on a oublié de parler de son âme industrieuse et de ses artistiques et rudes aspirations dont on aurait pu au moins conserver les expressions matérielles. »
A l'exemple de Frédéric Mistral, qui crée le Museon arlaten en 1899, en Arles, Müller observe et collecte ce qui disparaît, sous les effets de la Révolution industrielle. Ainsi va-t-il s'attacher à rassembler des objets dont, dit-il en 1933, « la conservation s'impose d'autant plus que le développement du machinisme et l'accroissement des communications sont en train de faire disparaître les industries locales et leurs produits ».
Sa qualité de scientifique le conduit à concevoir ses collectes avec une rigueur nouvelle, accordant beaucoup d'importance aux datations et aux typologies. En 1904, la municipalité accepte de lui laisser installer le musée qu'il réclame, au cœur du vieux quartier Très-Cloître, dans la chapelle d'un couvent de visitandines du XVIIème siècle, Sainte-Marie d'en-bas. Là, dans un espace où les services municipaux ont déjà entreposé quelques découvertes archéologiques fortuites, Müller va rassembler peu à peu le produit de ses collectes et des dons qu'il sollicite pour ouvrir en 1906 son Musée dauphinois.

Un collecteur éclairé

Müller, qui ne conservera pourtant pour lui-même aucune des collections qu'il constituera se concentre avant tout sur l'étude et la comparaison des pièces qu'il rassemble, sur les explications qu'il en tire et surtout sur la communication qu'il en fait au cours de réunions, de colloques ou de conférences, dans les articles qu'il publie ou, plus simplement, pendant les visites du Musée dauphinois qu'il aime commenter lui-même et passionneront tant de visiteurs. « Si nous pouvions nous arrêter sur chaque série d'objets exposés ici - écrit-il dans une note manuscrite non datée -, nous constaterions, malgré la lenteur relative des progrès constatés, des expressions splendides du génie humain dans des milieux divers, nous constaterions aussi combien nous devons à ces obscurs pionniers qui nous ont précédés, dans la céramique ou le tissage, l'élevage, la culture, bref dans toutes les expression du labeur humain ». Plutôt qu'une énumération fastidieuse des domaines dans lesquels se répartissent les quelques 20 000 objets qui composent les collections du Musée dauphinois à sa mort, en 1933, on se contentera ici de signaler les grands principes qui guident sa démarche.

La recherche d'une chronologie sans lacune
« Il faut savoir - dit-il dans un texte manuscrit non daté - que jusqu'au fer à clous et au collier d'épaules succédant au collier de gorge, les animaux dont la force était mal utilisée étaient remplacés par l'homme qui faisait tous les transports d'objets lourds. Ce simple exemple, il y en aurait d'autres à citer, marque une des étapes principales du progrès humain. Si nous pouvions nous arrêter sur chaque série d'objets exposés ici, nous constaterions malgré la lenteur relative, les progrès constatés, des expressions splendides du génie humain dans des milieux divers, nous constaterions aussi combien nous devons à ces obscurs pionniers qui nous ont précédés, dans la céramique ou le tissage, l'élevage, la culture, bref dans toute les expression du labeur humain. C'est en visitant ces musées et celui-ci en particulier, dans cet esprit, que l'on peut en tirer un grand profit tant philosophique, qu'intellectuel et industriel, dans la prise de conscience d'un enchaînement dont nous sommes le produit ». Dans un autre texte manuscrit non daté, probablement celui d'une conférence qu'il donne à la Loge maçonnique grenobloise à laquelle il appartient, Müller précise sa pensée philosophique : « Nos gestes si chétifs, nos êtres si infimes dans l'espace ne peuvent être grands qu'avec l'immense apport des gestes industrieux et artistiques de nos ancêtres ». Autrement dit, pour nous connaître et nous comprendre nous-mêmes, commençons, propose-t-il, par étudier et situer dans le temps ceux qui nous ont précédés.

 

Une aire de collecte dont les contours ne sont jamains précisément définis
Si son terrain de collecte est bien, ainsi qu'il le caractérise avec d'autre de ses contemporains, « la petite patrie qui nous a vus naître », force est de constater que c'est d'abord dans la montagne des Alpes dauphinoises où Müller concentre ses recherches. Ce fort intérêt pour la population montagnarde et les solutions qu'elle trouve pour vivre en altitude donne leur spécificité aux collections qu'il constitue. Ses recherches archéologiques lui indiquent aussi que « les nombreux flots humains qui on laissé des traces dans nos hautes vallées et qui se sont unifiées dans ce milieu, ont néanmoins apporté, chacun, quelque coutume, quelque trait distinctif renforçant le capital original du génie alpin » (1904). Aussi jamais Müller n'évoque-t-il de limite ou de frontière. Ce qu'il étudie dans la montagne alpine n'est pour lui qu'une contribution à la connaissance plus large du genre humain.

 

Des objets-documents
Qu'il s'agisse d'un racloir de silex, d'un tambour à dentelle ou d'une houe, ses interrogations demeurent constantes : quels matériaux, pour quels usages, dans quel contexte et avec quelles influences ? Ainsi des tambours à dentelle qu'il découvre en grand nombre à Saint-Véran tandis qu'il s'y rend pour la première fois en 1917, en pleine guerre. La plupart des hommes valides du village sont absents depuis plusieurs années et les femmes manquent de liquidités. Aussi Müller n'aura pas de difficulté à leur acheter ce qu'elles possèdent en propre, leurs quenouilles, leurs coiffes et leurs tambours à dentelle. Ce qu'il cherche surtout, c'est à constituer des séries, de ce type d'objets comme d'autres, telles les lampes à huiles ou les tacoules (ces pièces de bois percées qui servent à attacher les gerbes de céréales ou les trousses de foin). Mais ce qui le préoccupe aussi c'est de savoir par qui ces tambours étaient fabriqués, comment ils étaient utilisés, selon quelle technique ces femmes travaillaient, etc. Il découvre assez vite que les tambours comme les quenouilles sont des « présents d'amour » que les jeunes novis, rivalisant d'adresse et d'imagination, fabriquent et ornent pour séduire leur belle. Mais il ne trouve plus aucune femme encore capable de faire de la dentelle. De retour à Grenoble, il décide alors une professeur de l'Ecole des Arts appliqués à partir en plein hiver pour enseigner l'art de la dentelle aux femmes de Saint-véran. Son projet est de créer avec l'aide de l'épicier du village, Damien Barthélemy, une coopérative de vente susceptible d'apporter un revenu à ces femmes dans le besoin et de contribuer au grave problème de la dépopulation des Alpes. Il est urgent « d'aider ceux qui peinent dans nos rochers alpins ; les uns et les autres tiennent à nous par des fibre mystérieuses et puissantes qu'il faut désormais utiliser et rendre indestructibles » (1926). Aujourd'hui, on appellerait cela du "développement local".


Quoi de plus naturel qu'un préhistorien s'intéresse aux haches polies ? Ce qui peut étonner par contre, c'est qu'il en trouve aussi dans un trou du mur de l'écurie, sous le seuil ou dans le linteau de la porte de la maison et en observe les usages prophylactiques (contre la foudre, l'incendie ou diverses maladies du bétail). Il mettra plus de temps à s'expliquer pourquoi il découvre plusieurs de ces haches, parfois perforées, à plus de 2000 m d'altitude. L'explication lui est donnée un jour où, voyant passer un troupeau transhumant, son œil est attiré par le reflet d'une pierre polie qui dépasse d'une sonnaille. En interrogeant les bergers Il apprend qu'ils leur arrive d'attacher l'une de ces haches dans l'un des flocs du bélier de tête, ou, plus rarement, de la percer pour en faire le battant de sonnaille. Il remarque encore qu'un petit galet de variolite, appelée aussi "pierre de la picote" (car sensée guérir de la picote, appelée aussi clavelée ou variole), remplace parfois la hache polie, que cette pierre dure à point vert clair sur vert foncé, passée dans l'eau bouillante sert à soigner les morsures de serpents et bien sûr la clavelée. Mais ce qu'il ne s'explique pas, c'est de ne jamais trouver de hache polie en variolite ! « Peut-être - conclut-il - que ces roches, de par leur aspect étrange, leurs couleurs, étaient exclues de tout emploi par suite d'un tabou et d'idées superstitieuses. C'est un problème à élucider ». Müller est familier de ces aller-retour dans le temps et des questions qu'ils soulèvent. Intéressant, aussi, est l'usage qu'il fait du mot document : « Les jeux, dont les tout petits surtout ont plus ou moins conservé les traditions, les luttes propres à certains montagnards, apporteraient leur contingents de documents » (1904). « Voilà encore une source très riche de documents » (1904), dit-il à propos des légendes. Ou encore, à propos de la chanson : « Cette branche de l'ethnographie avec la linguistique, l'étude des patois, est peut-être la mieux connue et la mieux cultivée, en se mettant en garde contre l'étymologie souvent fantaisiste on trouvera là de précieux documents sur les idiomes primitifs ayant persisté malgré les apports nombreux d'idiomes étrangers » (1904).

 

Un homme de communication

Müller sait enthousiasmer son auditoire. Ses conférences font salle comble et les étudiants se pressent pour suivre ses cours à l'université. Les visites qu'il guide et les sorties qu'il organise pour les nombreuses sociétés auxquelles il appartient sont généralement des succès. Faire voir et communiquer ce qu'il sait seront toujours aussi essentiels pour lui que d'apprendre de comprendre. C'est ainsi qu'il réalise en 1920, au col du Lautaret, alors haut-lieu du tourisme alpin, un « Musée de l'économie domestique alpine », avec un financement du Touring Club de France. En 1925, il participe aussi à l'Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, à Grenoble, en restituant notamment au sein d'un « village alpin » deux maisons du Queyras, pleines de leur mobilier. Pour le Musée dauphinois, s'il peut être transféré comme il l'espère dans des locaux plus vastes, son projet et de l'organiser en sections, par vallées alpines, périodes et altitudes : « Le jour - dit-il en 1933 - où les principales vallées alpines du Dauphiné pourront avoir dans ce Musée leur salle particulière, reflétant l'âme et l'industrieuse activité de chacune, une leçon puissante de choses et d'histoire alpine se dégagera de l'ensemble, pour le plus grand profit technique et cérébral des visiteurs. » Nous lui savons gré aujourd'hui d'avoir su si tôt donner la priorité au « profit » du visiteur.

Jean-Claude Duclos nous parle d'Hippolyte

Colloque Cotrao (Communauté de travail des Alpes occidentales) 1990, Musée Dauphinois, sur le thème du patrimoine ethnographique.
Intervention de Jean-Claude Duclos à propos d'Hippolyte Müller.

1 Enfance (2 min 54 s)

Le père d'Hippolyte Müller, Gustave, venait d'Alsace. Sa mère est morte lorsqu'il est encore très jeune, ce qui lui vaudra d'aller beaucoup en nourrice. Sa santé est très fragile, il est différent des autres enfants. Il est autodidacte, apprend à lire tout seul dès l'âge de cinq ans, ne travaille à l'école que dans les matières qui l'intéressent. Il sera mis en apprentissage chez un bijoutier à 14 ans. Il y sera fondeur, graveur, deviendra ouvrier et effectuera au cours de cette période des excursions à vélo, notamment dans le Vercors avec la découverte du site des Balmes de Fontaine où il récolte des silex. Il découvre en amenant au musée de Chambéry ses découvertes que la préhistoire le passionne.

2 Vocation (2 min 54 s)

Cette passion lui vaudra une grave hémoptisie suite à des fouilles dans le lac du Bourget : il sera en convalescence pendant un an. Le conservateur du Muséum d'Histoire Naturelle de Grenoble l'emploie pour l'aider à la préparation du congrès de l'AFAS - Association Française pour l'Avancement des Sciences (1904) - congrès au cours duquel il côtoie de grands préhistoriens. Il devient ensuite voyageur de commerce en bijouterie, ce qui lui permet de réaliser ses premières enquêtes ethnographiques.

 

 3 Bibliothecaire (2 min 03 s)

Müller veut changer de métier mais ce n'est pas facile. Enfin, à l'âge de 20 ans, il est remarqué par le docteur Bordier, qui l'engage en tant que bibliothécaire de l'Ecole de Médecine, ce qui lui permet d'accéder à des conditions de vie décentes. Son bureau devient un atelier, une réserve, un lieu d'expérimentations et de discussions avec les érudits.

 

4 Experimentations (2 min 19 s)

Il accumule ainsi beaucoup d'objets d'archéologie et d'ethnographie locale dans les greniers de l'Ecole de Médecine. Il réalise également de nombreuses expérimentations pour comprendre la vie préhistorique : abattage d'arbre avec des haches en silex, dépouillement de marmotte, ... il retrouve aussi un alliage de monnaie ancienne ... on retrouve dans ses expériences sa facette d'ancien ouvrier. Il s'intéresse aussi aux technologies : comment réalise-t-on les dentelles du Queyras au tambour à dentelles, quelle est la technique de sculpture sur bois du Queyras, etc.

 

5 Interdisciplinarite (1 min 03 s)

Müller est un scientifique qui saute très facilement d'une époque à l'autre, d'une science à l'autre : il est pluridisciplinaire et adopte une démarche rigoureuse de recherche scientifique.

 

6 Humaniste (1 min 45 s)

C'est également un humaniste, un défenseur de la dignité d'autrui. Ainsi il fait des propositions pour relancer l'activité dans les villages du Queyras, afin qu'il y ait une activité artisanale et que les habitants ne partent pas dans les usines.

 

7 Ethnographie_alpine (1 min 32 s)

Müller a déjà un point de vue très « moderne » sur l'objet ethnographique.

 

8 Exposition (2 min 32 s)

L'exposition est pour lui un moyen d'expression naturelle. Dès 1904 au congrès de l'AFAS il exprime sa volonté de créer un musée local. Le Musée dauphinois est fondé en 1906. Le projet muséographique de Müller, de créer une salle par vallée alpine, ne verra pas le jour faute de place, car il y a déjà beaucoup d'objets dans l'ancienne chapelle de Sainte-Marie-d'en-Bas.

 

9 Oeuvre (2 min 30 s)

Ce n'est que plus de 30 ans après que le Musée dauphinois est transféré dans de plus grands locaux, à Sainte-Marie-d'en-Haut. Quel est le regard des conservateurs de 1990 sur l'œuvre de Müller ? De par l' étendue de ses recherches, l'importance des collections, de par son approche moderne, c'est un personnage sans équivalent pour l'époque. Son champ de recherche sur la montagne alpine ne se limite pas au Dauphiné, ne connaît pas de frontières. C'est grâce à lui que le Musée dauphinois peut s'appeler « musée régional de l'Homme ».

 

10 Citations (1 min 35 s)

L'évaluation complète de l'œuvre de Müller reste à faire ... voici quelques citations pour finir.